CITATIONS: la Liberté

La liberté (l’angoisse, l’esclave, la nécessité) :

 

 

« (…) l’excès de liberté doit aboutir à un excès de servitude » PLATON,  République VIII

 

 

« (…) nous appelons libre celui qui est à lui-même sa propre fin et n’existe pas pour un autre » ARISTOTE, Métaphysique I

 

 

« Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n’en dépendent pas » EPICTETE Arrien, Manuel I & II

 

 

« [L’âme] est rendue maîtresse de ses passions et concupiscences, maîtresse (…) de toutes autres injures de fortune (…) c’est ici la vraie et souveraine liberté, qui nous donne de quoi faire la figue à la force et à l’injustice, et nous moquer des prisons et des fers » MONTAIGNE, Essais I, XX

 

 

« On entend par liberté (…) l’absence d’obstacles extérieurs » HOBBES, Léviathan

 

 

« Je nomme généralement libre tout ce qui est volontaire » DESCARTES, Lettre à Mesland

 

 

« Puisque vous ne mettez pas la liberté dans l’indifférence précisément, mais dans une puissance réelle et positive de se déterminer, il n’y a pas de différence entre nos opinions que pour le nom, car j’avoue que cette puissance est en la volonté » DESCARTES, Lettre à Mesland 1644

 

 

« Est libre la chose qui existe d’après la seule nécessité de sa nature et est déterminée par soi seule à agir » SPINOZA, Ethique I

 

 

« (…) les hommes se croient libres parce qu’ils sont conscients de leurs actions, et ignorants des causes par quoi elles sont déterminées » SPINOZA, Ethique III, Proposition II, Scolie

 

 

« L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie » SPINOZA, Ethique III –Proposition LXVII

 

 

« Il n’y a point de mot qui ait reçu plus de différentes significations (…) que celui de liberté. Les uns l’ont pris pour la facilité de déposer celui à qui ils avaient donné un pouvoir tyrannique ; les autres pour la faculté d’élire celui à qui ils devaient obéir ; d’autres pour le droit d’être armés et de pouvoir exercer la violence ; ceux-ci, pour le privilège de n’être gouvernés que par un homme de leur nation, ou par leurs propres lois (…) Ceux qui avaient goûté du gouvernement républicain l’ont mise dans ce gouvernement ; ceux qui avaient joui du gouvernement monarchique l’ont placée dans la monarchie » MONTESQUIEU, De l’esprit des lois XI II

 

 

« (…) la liberté ne peut consister qu’à pouvoir faire ce que l’on doit vouloir et à n’être point contraint de faire ce que l’on ne doit pas vouloir » MONTESQUIEU, De l’esprit des lois XI III

 

 

« La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent » MONTESQUIEU, De l’esprit des lois XI III

 

 

« La liberté consiste à ne dépendre que des lois » VOLTAIRE, Pensées sur le gouvernement

 

 

« J’appelle liberté le pouvoir de penser à une chose ou de n’y pas penser, de se mouvoir ou de ne se mouvoir pas, conformément au choix de son propre esprit » VOLTAIRE, Correspondance avec le roi de Prusse (1737)

 

 

« Les peuples une fois accoutumés à des maîtres ne sont plus en état de s’en passer. S’ils tentent de secouer le joug, ils s’éloignent d’autant plus de la liberté, que, prenant pour une licence effrénée qui lui est opposée, leurs révolutions les livrent presque toujours à des séducteurs qui ne font qu’aggraver leurs chaînes » ROUSSEAU, Discours sur l’inégalité parmi les hommes Dédicace à la République de Genève

 

 

« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers » ROUSSEAU, Du contrat social I, I

 

 

« Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs. (…) Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme, et c’est ôter toute moralité à ses actions que d’ôter toute liberté à sa volonté » ROUSSEAU, Du contrat social I, IV

 

 

« … il faut bien distinguer la liberté naturelle, qui n’a pour bornes que les forces de l’individu, de la liberté civile, qui est limitée par la volonté générale » ROUSSEAU, Du contrat social I, VIII

 

 

« … l’impulsion du seul appétit est esclavage, et l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté » ROUSSEAU, Du contrat social I, VIII

 

 

« La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi » Déclaration des Droits de l’homme, Constitution du 3 septembre 1791, article 2

 

 

« Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! » KANT, Qu’est-ce que les Lumières ?

 

 

« La liberté dans le sens pratique est l’indépendance de la volonté par rapport à la contrainte des penchants de la sensibilité » KANT, Critique de la raison pure I

 

 

« La colombe légère, lorsque, dans son libre vol, elle fend l’air dont elle sent la résistance, pourrait s’imaginer qu’elle réussirait bien mieux encore dans le vide. C’est justement ainsi que Platon quitta le monde sensible parce que ce monde oppose à l’entendement trop d’obstacles divers, et se risqua au-delà de ce monde, sur les ailes des idées, dans le vide de l’entendement pur » KANT, Critique de la raison pure

 

 

« L’angoisse est le vertige de la liberté » KIERKEGAARD, Le concept d’angoisse

 

 

« La liberté est donc le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. (…) Elle fait voir à chaque homme dans un autre homme, non pas la réalisation, mais plutôt la limitation de sa liberté » MARX, La question juive

 

 

« La liberté de la volonté ne signifie pas autre chose que la faculté de se décider en connaissance de cause » ENGELS, Anti-Dühring

 

 

« On vit pour aujourd’hui, on vit très vite – on vit sans aucune responsabilité : c’est précisément ce qu’on appelle liberté » NIETZSCHE, Le crépuscule des idoles

 

 

« La liberté individuelle n’est (…) nullement un produit culturel. C’est avant toute civilisation qu’elle était la plus grande, mais aussi sans valeur le plus souvent, car l’individu n’était guère en état de la défendre » FREUD, Malaise dans la civilisation

 

 

« Le premier des droits de l’homme c’est la liberté individuelle, la liberté de propriété, la liberté de pensée, la liberté du travail » JAURES, Histoire socialiste I

 

 

« Liberté : un de ces mots détestables qui ont plus de valeur que de sens ; (…) mots très bons pour la controverse, la dialectique, l’éloquence » VALERY, Fluctuations sur la liberté

 

 

« Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie / Je suis né pour te connaître / Pour te nommer / Liberté » ELUARD, Poésie et vérité

 

 

« Nous sommes seuls, sans excuses. C’est ce que j’exprimerai en disant que l’homme est condamné à être libre » SARTRE,  L’existentialisme est un humanisme

 

 

« La liberté, « ce nom terrible écrit sur le char des orages » (Philotée O’Neddy), est au principe de toutes les révolutions. Sans elle, la justice paraît aux rebelles inimaginable. Un temps vient, pourtant, où la justice exige la suspension de
la liberté. La terreur (…) vient alors couronner la révolution » CAMUS, L’homme révolté

 

 

« (…) celui qui est libéré n’est jamais celui que l’on croit : l’enfant, l’esclave, la femme, le colonisé. C’est toujours l’autre qui se libère de lui, qui s’en débarrasse (…). D’où la préoccupation dramatique des enfants de faire en sorte que les parents ne veuillent pas cesser d’être des parents » BAUDRILLARD, Le Paroxyste indifférent

 

 

« L’homme n’aime pas la liberté, tout le reste est mensonge, il ne sait rien faire de la liberté » BERNHARD, La cave

 

 « Il ne peut y avoir de liberté hors de l’activité » DEBORD, La société du spectacle 

CITATIONS : La Justice et le Droit

La justice et le droit (l’égalité, la force, la loi, la violence) :

 

 

« J’ai dit précédemment que commettre l’injustice était un plus grand mal que la subir » PLATON, Gorgias

 

 

« La justice n’existe que quand les hommes sont aussi liés par la loi » ARISTOTE, Ethique à Nicomaque

 

 

« … jamais les lois ne furent plus multipliées que quand l’Etat fut le plus corrompu » TACITE, Annales III, XXVII

 

 

« Souviens-toi que tout ce qui arrive, arrive justement » MARC-AURELE, Pensées pour moi-même IV, X

 

 

« La justice en soi, naturelle et universelle, est autrement réglée, et plus noblement, que n’est cette autre justice spéciale, nationale, contraintes aux besoins de nos polices (sociétés) » MONTAIGNE, Essais III, I

 

 

« (…) il y a autant de liberté et d’étendue à l’interprétation des lois qu’à leur formulation » MONTAIGNE, Essais III, XIII

 

 

« Ceux-là sont égaux, qui peuvent choses égales. Or ceux qui peuvent ce qu’il y a de plus grand et de pire, à savoir ôter la vie, peuvent choses égales. Tous les hommes sont donc naturellement égaux » HOBBES, Du citoyen I

 

 

« L’amour de la justice n’est, en la plupart des hommes, que la crainte de souffrir l’injustice » La ROCHEFOUCAULD, Maximes §78

 

 

« La justice n’est qu’une vive appréhension qu’on ne nous ôte ce qui nous appartient ; de là vient cette considération et ce respect pour tous les intérêts du prochain, et cette scrupuleuse application à ne lui faire aucun préjudice. Cette crainte retient l’homme dans les bornes des biens que la naissance ou la fortune lui ont donnés ; et sans cette crainte, il ferait des courses continuelles sur les autres » La ROCHEFOUCAULD, Maximes supprimées §578

 

 

« (…) le droit a ses époques (…) Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà. Ils confessent que la justice n’est pas dans ses coutumes, mais qu’elle réside dans les lois naturelles, connues de tout pays » PASCAL, Pensées §294

 

 

« Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste » PASCAL, Pensées §298

 

 

« Les Etats périraient, si on ne faisait ployer plus souvent les lois à la nécessité » PASCAL, Pensées §614

 

 

« (…) tout être dans la nature tient de la nature autant de droit qu’il a de puissance pour exister et agir » SPINOZA, Traité théologico-politique II, §3

 

 

« La justice est un rapport de convenance qui se trouve réellement entre deux choses (…) Il est vrai que les hommes ne voient pas toujours les rapports (…) La justice élève sa voix ; mais elle a peine à se faire entendre dans le tumulte des passions » MONTESQUIEU, Lettres persanes LXXXIV

 

 

« Un ancien a comparé les lois à ces toiles d’araignées qui, n’ayant pas la force d’arrêter les mouches, sont rompues par les oiseaux » MONTESQUIEU, Mes pensées

 

 

« (…) je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrais pour que vous puissiez le dire » VOLTAIRE (phrase attribuée à Voltaire)

 

 

« (…) le plus fort n’est jamais assez fort pour rester le maître s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir » ROUSSEAU, Du contrat social I, 3

 

 

« Toute justice vient de Dieu, lui seul en est la source ; mais si nous savions la recevoir de si haut, nous n’aurions besoin ni de gouvernement ni de lois. Sans doute il est une justice universelle émanée de la raison seule ; mais cette justice, pour être admise par tous, doit être réciproque » ROUSSEAU, Du contrat social II, 6

 

 

« C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir » ROUSSEAU, Du contrat social II, 11

 

 

« Sous les mauvais gouvernements cette égalité n’est qu’apparente et illusoire, elle ne sert qu’à maintenir le pauvre dans sa misère et le riche dans son usurpation. Dans le fait les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n’ont rien. D’où il suit que l’état social n’est avantageux aux hommes qu’autant qu’ils ont tous quelque chose et qu’aucun d’eux n’a rien de trop » ROUSSEAU, Du contrat social I, IX (note 5)

 

 

« Partout où l’on est moins soumis aux lois qu’aux hommes, on doit savoir endurer l’injustice » ROUSSEAU, Julie ou
la nouvelle Héloïse


 

 

« Après le bonheur de commander aux hommes, le plus grand honneur, monsieur, n’est-il pas de les juger ? » BEAUMARCHAIS, Lettre sur le « Barbier de Séville »

 

 

« (…) dans presque tous les gouvernements, toutes les lois, incohérentes entre elles, semblent être l’ouvrage du pur hasard » HELVETIUS, De l’esprit II, XVII

 

 

« Pour que tous les citoyens d’un Etat fussent égaux, il faudrait qu’ils fussent également utiles à l’Etat » d’HOLBACH, Le système social I

 

 

« (…) dans un bois aussi courbe que celui dont est fait l’homme, rien ne peut être taillé qui soit tout à fait droit » KANT, Idée d’une histoire universelle du point de vue cosmopolitique

 

 

« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit »LACORDAIRE, Conférences de Notre-Dame

 

 

« La justice (…) est le respect, spontanément éprouvé et réciproquement garanti, de la dignité humaine, en quelque personne et dans quelque circonstance qu’elle se trouve compromise et à quelque risque que nous expose sa défense » PROUDHON, De la justice dans la révolution

 

 

« Toutes les notions morales se compénètrent, mais il n’en est pas de plus instructive que celle de justice (…) parce qu’elle englobe la plupart des autres (…) et surtout parce qu’on y voit s’emboîter l’une dans l’autre les deux formes de l’obligation. La justice a toujours évoqué des idées d’égalité, de proportion, de compensation » BERGSON, Les deux sources de la morale et de la religion

 

 

« Quelle étonnante ambigüité dans la notion de
la Justice. Cela vient sans doute principalement de ce que le même mot s’emploie pour désigner
la Justice Distributive et

la Justice Mutuelle. Or ces deux fonctions se ressemblent si peu, que la première enferme l’inégalité, et la seconde l’égalité » ALAIN, Propos 16 juillet 1912

 

 

« (…) un droit n’est jamais que l’autre aspect d’un devoir » SARTRE, La nausée

 

 

« (…) là où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué » ARENDT, La crise de la culture

 

 

« (…) le plus haut des tourments humains est d’être jugé sans loi. » CAMUS, La chute

 

 

« (…) c’est précisément parce que les êtres humains sont différents que l’égalité a dû être inventée » François JACOB, La souris, la mouche et l’homme

 

 

« La liberté ne peut être limitée qu’au nom de la liberté » RAWLS, Théorie de la justice, § 46.

 

 

« La dénonciation perpétuelle de la loi relève d’un sentiment typiquement moderne, c’est-à-dire d’un ressac du désir qui se heurte non à la loi, comme il le prétend, mais au modèle-obstacle dont le sujet ne veut pas reconnaître la position dominante » René GIRARD, La violence et le sacré

 

 

« (…) on pourra parler de loi à une condition : que la nécessité qu’elle énonce fasse ses preuves en résistant à toute transgression, qu’elle ne soit donc jamais aussi manifeste que dans l’acte de la franchir » Vincent DESCOMBES, L’inconscient malgré lui

 

 

« La loi (…) ne résulte pas de l’accord ou du pacte par lequel plusieurs s’imposent à eux-mêmes certaines obligations ; elle est plutôt l’obligation à laquelle ils ont dû satisfaire pour se mettre d’accord » Vincent DESCOMBES, L’inconscient malgré lui

 

 

« (…) l’exigence d’égalité ne cesse de s’étendre, elle ne se rapporte plus seulement à l’égalité de tous devant la loi, au suffrage universel, à l’égalité des libertés publiques, mais à l’ »égalité des moyens » (…) et même à l’ »égalité des résultats » » Gilles LIPOVETSKY, L’ère du vide

 

 « Tandis que nos sociétés occidentales n’ont jamais été aussi égalitaires, le sentiment d’inégalité grandit » Jean-Marie ALBERTINI, Des sous et des hommes (1997) 

Justice et Droit

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La JUSTICE et le DROIT – (plan résumé d’après le cours de Cavallier – Ellipses,) 
Manuel Russ / Bordas : Concepts : p. 47 & p.48 ; Textes : PLATON : 14, p.97 / ROUSSEAU : 10, p.274 / PROUDHON : p.374 / PLATON : 16, p.98 / ARISTOTE : 18, p.121 / RAWLS : p.569 / KANT : 18 p.305  Textes manuel Delattre-Demonque / Hatier : 4 / 5 / 6 / 10 / 7 / 1 / 11 / 13 / 12 / 9 Au sens le plus courant, la justice c’est la loi présentée a priori sous la forme nécessaire mais abstraite de limites virtuelles et imposées. La loi constitue donc un rempart symbolique entre les individus qui devront d’une part s’y plier obligatoirement (justice préventive) et d’autre part, être autoritairement sanctionnés dès qu’ils la transgresseront (justice répressive ou punitive). 

A. Le droit et le fait : La loi a un caractère nécessairement abstrait et imposé d’en haut. Ainsi la loi accorderait-elle par principe à chacun un champ d’application, une limite légale mais aussi égalitaire à l’exercice de son libre-arbitre. Une norme universelle ? L’idée d’un droit cosmopolite et d’une citoyenneté internationale, porte en elle cet idéal généreux : la possibilité de régler les conflits en les laissant trancher par un pouvoir législatif suprême, commun et unique. En effet, KANT constate que le fait ne fait pas droit. Or, le droit peut-il être juste s’il y a plusieurs systèmes ? S’ils se concurrencent ? Dans ces conditions, comment fonder un quelconque espoir de Justice sur le droit positif. Car on n’a pas su faire que le juste puisse être fort (MONTAIGNE, PASCAL –Pensée 294, PLATON Gorgias, Calliclès). 

Le droit comme transposition d’une situation originelle : ROUSSEAU caractérise ainsi ce passage dans le Contrat social I, III. Le droit n’est qu’une transformation de la force, c’est-à-dire un changement de forme de la même matière. Qu’espérer alors en matière de justice ? ROUSSEAU ironise à cet égard toujours dans le Contrat Social. De ce fait, le droit est-il autre chose qu’une convention arbitraire qui inspire le relativisme ? Faut-il obéir aux lois ?: Nous devons ici distinguer légalité et légitimité. Nous venons d’évoquer les droits naturels, éternellement justes, là où les divers droits positifs (sources de légalité) sont multiples et changeants. Toutefois, cette distinction est moins nette qu’il n’y paraît (PLATON, Criton – prosopopée des Lois) En effet, la loi n’a de valeur sacrée qu’en tant que fin. Par ailleurs, les lois forment système et sont donc indissociables les unes des autres : une loi doit donc être obéie en tant que loi, abstraction faite de son contenu. 

B. La justice comme égalité : Concrètement, chacun a un besoin légitime de comprendre la loi par l’usage de son bon sens. Or, les inégalités existent : pour que les lois soient justes, il faudrait d’une part que les pratiques sociales et de l’autre la justice répressive se chargent d’établir un même traitement pour tous. Le donné est-il injuste ? Du point de vue naturel comme du point de vue culturel, une situation donnée se présente avant tout comme un fait, parfois injuste. Comme l’explique RAWLS (Théorie de la Justice §17), la répartition naturelle n’est « ni juste ni injuste », mais ne peut le devenir qu’en fonction de la façon dont les institutions traitent ces faits. 

Egalité et mathématiques : l’égalité arithmétique : CLISTHENE est le responsable de l’introduction du système des tirages au sort des fonctions publiques. Pour PLATON, il s’agit d’une conception égalitariste et irréfléchie. Telles sont les deux limites fondamentales de l’égalité arithmétique : le tirage au sort considère les citoyens comme substituables les uns aux autres, chacun peut remplacer chacun, au détriment, et c’est là la seconde limite, des différences. L’égalité géométrique : Quelle différence faut-il prendre en compte, et au nom de quoi ? On peut distinguer grossièrement deux critères cohérents : le mérite. Toutefois, ce critère présente l’inconvénient de sembler entériner les faits. Le second serait le besoin, mais alors surgit un second écueil, comment ne pas sombrer dans l’assistanat ? 

Transition : Telle est la limite du présupposé : le bon sens exige une même symbolique et la même répression à l’égard de tous. Or, cela pourrait être donner lieu à des législations finalement injustes.  C. La justice comme équité : Le simple fait qu’on puisse chercher à coefficienter l’égalité signifie que pour nous il y a des égalités injustes et de justes inégalités. Or, comment dire qu’il y a des inégalités justes sans être suspect de justifier l’inégalité en général ?  Justice correctrice et distributrice : La prise en compte du donné, c’est la prise en compte du fait qu’il y a toujours, à tout moment, une situation plus défavorisée qu’une autre. RAWLS formulera donc deux principes de la justice : le premier dispose que chaque personne a un droit égal au système de libertés le plus étendu pour tous. Le second principe de RAWLS ajoute que les inégalités ne sont tolérables qu’à partir du moment où elles sont à l’avantage de tous, et donc aussi à l’avantage du plus défavorisé.  Holisme et individualisme : Il semble qu’il faille ici tenter de s’élever au-delà de la question des motivations psychologiques individuelles. En effet, l’adoption d’une mesure correctrice ne manque jamais d’avoir un effet positif sur les uns et donc un effet négatif sur les autres. Comment raisonner alors d’une façon qui prenne en compte l’interdépendance des situations individuelles ? Faut-il vouloir déterminer ce qui est désirable et juste pour une société tout entière : la partie peut-elle être sacrifiée au nom de l’intérêt supérieur du tout ?  La justesse : Même si la façon de l’orienter fait nécessairement question, l’égalité doit être corrigée pour pouvoir prétendre concrètement au statut de critère pour
la justice. Cette idée d’une correction nécessaire est ce qui sépare justement l’égalité de l’équité, définie par ARISTOTE comme un correctif de l’égalité. La justice renvoie ainsi au problème du jugement. KANT retrouve la notion de bon sens. Il ne suffit donc pas de raisonner pour juger (SCHOPENHAUER – NIETZSCHE). 

Liberté (textes, citations et sujets)

La LIBERTE Liberté (textes, citations et sujets) dans CITATIONS doc Liberté (textes, citations et sujets) 

Textes 

1.                        BERGSON : La liberté n’est-elle qu’une illusion ? 

On appelle liberté le rapport du moi concret à l’acte qu’il accomplit. Ce rapport est indéfinissable, précisément parce que nous sommes libres. On analyse, en effet, une chose, mais non pas un progrès ; on décompose de l’étendue, mais non pas de
la durée. Ou bien, si l’on s’obstine à analyser quand même, on transforme inconsciemment le progrès en chose, et la durée en étendue. Par cela seul qu’on prétend décomposer le temps concret, on en déroule les moments dans l’espace homogène ; à la place du fait s’accomplissant on met le fait accompli, et comme on a commencé par figer en quelque sorte l’activité du moi, on voit la spontanéité se résoudre en inertie et la liberté en nécessité. C’est pourquoi toute définition de la liberté donnera raison au déterminisme. 

Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience, « Quadrige », PUF, 1985, p. 165. 

2.                        KIERKEGAARD : L’idée du déterminisme est-elle supportable ?  Le déterministe, le fataliste sont des désespérés, qui ont perdu leur moi, parce qu’il n’y a plus pour eux que de
la nécessité. C’est la même aventure qu’à ce roi mort de faim, parce que sa nourriture se changeait toute en or. La personnalité est une synthèse de possible et de nécessité. Sa durée dépend donc, comme la respiration, d’une alternance de souffle. Le moi du déterministe ne respire pas, car la nécessité pure est irrespirable et asphyxie bel et bien le moi. Le désespoir du fataliste, c’est, ayant perdu Dieu, d’avoir perdu son moi [...] Par suite, le culte du fataliste est au plus une interjection et, par essence, mutisme, soumission, impuissance de prier. Prier, c’est encore respirer, et le possible est au moi, comme à nos poumons l’oxygène. 

Kierkegaard, Traité du Désespoir. « Tel », Gallimard, 1990, p. 386. 

3.                        LEIBNIZ : Entre déterminisme et liberté, quelle articulation ?  Nous voulons agir, à parler juste, et nous ne voulons point vouloir ; autrement nous pourrions encore dire que nous voulons avoir la volonté de vouloir, et cela irait à l’infini. Nous ne suivons pas aussi toujours le dernier jugement de l’entendement pratique, en nous déterminant à vouloir, mais nous suivons toujours, en voulant, le résultat de toutes les inclinations qui viennent, tant du côté des raisons que des passions, ce qui se fait souvent sans un jugement exprès de l’entendement. Tout est donc certain et déterminé par avance dans l’homme, comme partout ailleurs, et l’âme humaine est une espèce d’automate spirituel, quoique les actions contingentes en général, et les actions libres en particulier, ne soient point nécessaires pour cela d’une nécessité absolue, laquelle serait véritablement incompatible avec la contingence. 

Leibniz, Essais de Théodicée, I, § 51-52, GF-Flammarion, 1969, p. 132. 

4.                       LUCRECE  Si tous les mouvements sont enchaînés dans la nature, si toujours d’un premier naît un second suivant un ordre rigoureux ; si, par leur déclinaison, les atomes ne provoquent pas un mouvement qui rompe les lois de la fatalité et qui empêche que les causes ne se succèdent à l’infini, d’où vient donc cette liberté accordée sur terre aux êtres vivants, d’où vient, dis-je, cette libre faculté arrachée au destin, qui nous fait aller partout où la volonté nous mène ~ Nos mouvements peuvent changer de direction sans être déterminés par le temps ni par le lieu, mais selon que nous inspire notre esprit lui-même. Car, sans aucun doute, de tels actes ont leurs principes dans notre volonté et c’est de là que le mouvement se répand dans les membres [...] C’est dans le cœur que le mouvement a son principe ; c’est de la volonté de l’esprit qu’il procède d’abord, pour se communiquer de là à tout l’ensemble du corps et des membres. 

Lucrèce, De la Nature, II, Seghers, 1967, p. 145. 

5.                       EPICTETE  Partage des choses : ce qui est à notre portée. ce qui est hors de notre portée. À notre portée le jugement, l’impulsion, le désir, l’aversion : en un mot, tout ce qui est notre œuvre propre ; hors de notre portée le corps, l’avoir, la réputation, le pouvoir : en un mot, tout ce qui n’est pas notre œuvre propre. Et si ce qui est à notre portée est par nature libre, sans empêchement, sans entrave, ce qui est hors de notre portée est inversement faible, esclave, empêché, étranger. Donc, rappelle-toi : si tu estimes libre ce qui par nature est esclave, et propre ce qui est étranger, tu seras entravé, tu prendras le deuil, le trouble t’envahira, tu feras des reproches aux dieux comme aux hommes, mais si tu estimes tien cela seul qui est tien, étranger, comme il l’est en effet, ce qui est étranger, personne, jamais, ne te contraindra, personne ne t’empêchera. 

Épictète, Manuel, II, GF-Flammarion 1997, p.63 

6.                        SARTRE : Sommes-nous libres de ne pas l’être ?  Par sa projection même vers une fin, la liberté constitue comme être au milieu du monde un datum particulier qu’elle a à être. Elle ne le choisit pas, car ce serait choisir sa propre existence, mais par le choix qu’elle fait de sa fin, elle fait qu’il se révèle de telle ou telle façon, sous telle ou telle lumière, en liaison avec la découverte du monde lui-même. Ainsi, la contingence même de la liberté et le monde qui environne cette contingence de sa propre contingence ne lui apparaîtront qu’à la lumière de la fin qu’elle a choisie, c’est-à-dire non pas comme existants bruts, mais dans l’unité d’éclairage d’une même néantisation. Et la liberté ne saurait jamais ressaisir cet ensemble comme pur datum, car il faudrait que ce fût en dehors de tout choix et, donc, qu’elle cesse d’être liberté. Nous appellerons situation la contingence de la liberté dans le plenum d’être du monde en tant que ce datum, qui n’est là que pour ne pas contraindre la liberté, ne se révèle à cette liberté que comme déjà éclairé par la fin qu’elle choisit. 

Sartre. L’Être et le Néant, « Tel », Gallimard, 1943. po 544. 

7.                        KANT : Le déterminisme est-il logiquement cohérent ?  Si l’on admet qu’il n’y a pas d’autre causalité que celle qui repose sur les lois de nature, tout ce qui arrive suppose un état antérieur auquel il succède infailliblement d’après une règle. Or, l’état antérieur doit être lui-même quelque chose qui soit arrivé (qui soit devenu dans le temps, puisqu’il n’était pas auparavant), puisque s’il avait toujours été, sa conséquence n’aurait pas non plus commencé d’être, mais aurait toujours été. La causalité de la cause par laquelle quelque chose arrive est donc elle-même quelque chose d’arrivé, qui suppose, à son tour, suivant la loi de la nature, un état antérieur et sa causalité, et celui-ci, un autre état plus ancien, etc. Si donc tout arrive suivant les simples lois de la nature, il n’y a toujours qu’un commencement subalterne, mais jamais un premier commencement, et par conséquent, en général, aucune intégralité de la série du côté des causes dérivant les unes des autres. Or, la loi de nature consiste en ce que rien n’arrive sans une cause suffisamment déterminée a priori. 

Kant, Critique de la Raison pure, « Quadrige », Put, 1984, p. 348. 

8.                        HEGEL : Être libre, est-ce faire ce que l’on veut ?  Ceux qui considèrent la pensée comme une faculté particulière indépendante, séparée de la volonté conçue elle-même également comme isolée et qui de plus, tiennent la pensée comme dangereuse pour la volonté, et surtout la bonne, montrent du même coup d’emblée qu’ils ne savent rien de la nature et de la volonté [...] Sans doute l’aspect de la volonté défini ici -cette possibilité absolue de m’abstraire de toute détermination où je me trouve ou bien où je me suis placé, cette fuite devant tout contenu comme devant une restriction -est ce à quoi la volonté se détermine. C’est ce que la représentation pose pour soi comme liberté et ce n’est ainsi que la liberté négative ou liberté de l’entendement. C’est la liberté du vide. 

Hegel, Principes de la Philosophie du Droit, § 5, R, « Tel », Gallimard, 1940, p. 59. 

Texte de SOPHOCLE 

La célèbre histoire d’Œdipe, dont un oracle avait prévu dès avant sa naissance qu’il tuerait son père et épouserait sa mère, est une illustration radicale de la notion de destin : l’existence entière d’Œdipe, consacrée à lutter contre les prédictions de l’oracle, travaillera en réalité à les accomplir. Lutter contre le destin, c’est ainsi se soumettre à lui malgré soi… Œdipe répond ici à son oncle Créon, roi de Thèbes, qui vient lui reprocher ses crimes. (Texte introductif de Delattre-Demonque) 

« Tel était le bon plaisir des dieux irrités depuis longtemps sans doute contre ma race.  Tu ne pourrais trouver en moi aucune flétrissure qui m’ait valu de pécher ainsi contre les miens et contre moi. Apprends-moi donc, quand une voix divine est venue dire à mon père qu’il mourrait par son fils, comment tu pourrais avec justice m’en blâmer, moi qui n’étais alors ni engendré par mon père, ni conçu par ma mère, ni enfanté. Si, par ce malheur éclatant qui fut le mien, j’en vins aux mains avec mon père et le tuai sans connaître mon crime ni ma victime, comment me fais-tu grief d’un acte involontaire ? Et ma mère qui fut ta sœur, malheureux, tu n’as pas honte de me contraindre à dire maintenant ce que furent ses noces. Je ne le tairai pas puisque tu en es venu à ces propos infâmes. Elle était ma mère, ma mère, malheur à moi ! Elle ne le savait pas, je ne le savais pas, et ma mère m’enfanta des enfants pour sa honte. Mais je sais que tu nous diffames volontairement, elle et moi, alors que moi ce n’est pas de mon gré que je l’épousai ni que j’en parle. Jamais on ne me fera un crime de ce mariage ni de ce meurtre d’un père que tu me reproches sans cesse aigrement. Réponds seulement à la question que je vais te poser. Toi qui es juste, que quelqu’un vienne ici pour te tuer, chercherais-tu si cet assassin est ton père ou le punirais-tu sur l’heure ? Je crois que tu aimes la vie et que tu punirais le coupable sans te demander si tu en as le droit. Tel est le malheur qui m’est arrivé. Les dieux m’y ont conduit. Si l’âme de mon père vivait, il ne me démentirait pas, je pense. » 

SOPHOCLE Oedipe à Colone (401 av. J.-C.) trad. I. Grosjean 

Texte de KANT 

« Les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. Létat de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre. On est soi-même responsable de cet état de tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de l’entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s’en servir sans la conduite d’un autre. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières. Paresse et lâcheté sont les causes qui font qu’un si grand nombre d’hommes, après que la nature les eut affranchis depuis longtemps d’une conduite étrangère (naturaliter maiorennes), restent cependant volontiers toute leur vie dans un état de tutelle ; et qui font qu’il est si facile à d’autres de se poser comme leurs tuteurs. Il est si commode d’être sous tutelle. Si j’ai un livre qui a de l’entendement à ma place, un directeur de conscience qui a de la conscience à ma place, un médecin qui juge à ma place de mon régime alimentaire, etc. , je n’ai alors pas moi-même à fournir d’efforts. Il ne m’est pas nécessaire de penser dès lors que je peux payer ; d’autres assumeront bien à ma place cette fastidieuse besogne.] [Et si la plus grande partie, et de loin, des hommes (et parmi eux, le beau sexe tout entier) tient ce pas qui affranchit de la tutelle pour très dangereux et de surcroît très pénible, c’est que s’y emploient ces tuteurs qui, dans leur extrême bienveillance, se chargent de les surveiller. Après avoir d’abord abêti leur bétail et avoir empêché avec sollicitude ces créatures paisibles d’oser faire un pas sans la roulette d’enfant où ils les avaient emprisonnés, ils leur montrent ensuite le danger qui les menacent s’ils essayent de marcher seuls.] [Or ce danger n’est sans doute pas si grand, car après quelques chutes ils finiraient bien par apprendre à marcher ; un tel exemple rend pourtant timide et dissuade d’ordinaire de toute autre tentative ultérieure. » … 

Königsberg en Prusse, le 30 septembre 1784

(il s’agit des deux premiers paragraphes sur dix publiés dans la Berliner Monatsschrift)

KANT – « Réponse à la question : Qu’est-ce que les Lumières ? » – Trad° Poirier – Proust : Ed° GF # 573, pp. 43-44

Citations sur la liberté (l’angoisse, l’esclave, la nécessité)  

« … l’excès de liberté doit aboutir à un excès de servitude » PLATON,  République VIII 

« … nous appelons libre celui qui est à lui-même sa propre fin et n’existe pas pour un autre » ARISTOTE, Métaphysique

« Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n’en dépendent pas » EPICTETE Arrien, Manuel I & II  « [l’âme] est rendue maîtresse de ses passions et concupiscences, maîtresse (…) de toutes autres injures de fortune (…) c’est ici la vraie et souveraine liberté, qui nous donne de quoi faire la figue à la force et à l’injustice, et nous moquer des prisons et des fers » MONTAIGNE, Essais I, XX « On entend par liberté (…) l’absence d’obstacles extérieurs » HOBBES, Léviathan 

« Je nomme généralement libre tout ce qui est volontaire » DESCARTES, Lettre à Mesland 

« Puisque vous ne mettez pas la liberté dans l’indifférence précisément, mais dans une puissance réelle et positive de se déterminer, il n’y a pas de différence entre nos opinions que pour le nom, car j’avoue que cette puissance est en la volonté » DESCARTES, Lettre à Mesland 1644  « Est libre la chose qui existe d’après la seule nécessité de sa nature et est déterminée par soi seule à agir » SPINOZA, Ethique« … les hommes se croient libres parce qu’ils sont conscients de leurs actions, et ignorants des causes par quoi elles sont déterminées » SPINOZA, Ethique III, Proposition II, Scolie 

« L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie » SPINOZA, Ethique III –Proposition LXVII 

« Il n’y a point de mot qui ait reçu plus de différentes significations (…) que celui de liberté. Les uns l’ont pris pour la facilité de déposer celui à qui ils avaient donné un pouvoir tyrannique ; les autres pour la faculté d’élire celui à qui ils devaient obéir ; d’autres pour le droit d’être armés et de pouvoir exercer la violence ; ceux-ci, pour le privilège de n’être gouvernés que par un homme de leur nation, ou par leurs propres lois (…) Ceux qui avaient goûté du gouvernement républicain l’ont mise dans ce gouvernement ; ceux qui avaient joui du gouvernement monarchique l’ont placée dans la monarchie » MONTESQUIEU, De l’esprit des lois XI II  « … la liberté ne peut consister qu’à pouvoir faire ce que l’on doit vouloir et à n’être point contraint de faire ce que l’on ne doit pas vouloir » MONTESQUIEU, De l’esprit des lois XI III « La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent » MONTESQUIEU, De l’esprit des lois XI III 

« La liberté consiste à ne dépendre que des lois » VOLTAIRE, Pensées sur le gouvernement 

« J’appelle liberté le pouvoir de penser à une chose ou de n’y pas penser, de se mouvoir ou de ne se mouvoir pas, conformément au choix de son propre esprit » VOLTAIRE, Correspondance avec le roi de Prusse (1737)  « Les peuples une fois accoutumés à des maîtres ne sont plus en état de s’en passer. S’ils tentent de secouer le joug, ils s’éloignent d’autant plus de la liberté, que, prenant pour une licence effrénée qui lui est opposée, leurs révolutions les livrent presque toujours à des séducteurs qui ne font qu’aggraver leurs chaînes » ROUSSEAU, Discours sur l’inégalité parmi les hommes Dédicace à la République de Genève « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers » ROUSSEAU, Du contrat social I,I 

« Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs. (…) Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme, et c’est ôter toute moralité à ses actions que d’ôter toute liberté à sa volonté » ROUSSEAU, Du contrat social I, IV 

« … il faut bien distinguer la liberté naturelle, qui n’a pour bornes que les forces de l’individu, de la liberté civile, qui est limitée par la volonté générale » ROUSSEAU, Du contrat social I, VIII  « … l’impulsion du seul appétit est esclavage, et l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté » ROUSSEAU, Du contrat social I, VIII « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi » Déclaration des Droits de l’homme, Constitution du 3 septembre 1791, article 2 

« Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! » KANT, Qu’est-ce que les Lumières ? 

« La liberté dans le sens pratique est l’indépendance de la volonté par rapport à la contrainte des penchants de la sensibilité » KANT, Critique de la raison pure « La colombe légère, lorsque, dans son libre vol, elle fend l’air dont elle sent la résistance, pourrait s’imaginer qu’elle réussirait bien mieux encore dans le vide. C’est justement ainsi que Platon quitta le monde sensible parce que ce monde oppose à l’entendement trop d’obstacles divers, et se risqua au-delà de ce monde, sur les ailes des idées, dans le vide de l’entendement pur » KANT, Critique de la raison pure « L’angoisse est le vertige de la liberté » KIERKEGAARD, Le concept d’angoisse 

« La liberté est donc le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. (…) Elle fait voir à chaque homme dans un autre homme, non pas la réalisation, mais plutôt la limitation de sa liberté » MARX, La question juive  « La liberté de la volonté ne signifie pas autre chose que la faculté de se décider en connaissance de cause » ENGELS, Anti-Dühring « On vit pour aujourd’hui, on vit très vite – on vit sans aucune responsabilité : c’est précisément ce qu’on appelle liberté » NIETZSCHE, Le crépuscule des idoles « La liberté individuelle n’est (…) nullement un produit culturel. C’est avant toute civilisation qu’elle était la plus grande, mais aussi sans valeur le plus souvent, car l’individu n’était guère en état de la défendre » FREUD, Malaise dans la civilisation 

« Le premier des droits de l’homme c’est la liberté individuelle, la liberté de propriété, la liberté de pensée, la liberté du travail » JAURES, Histoire socialiste

« Liberté : un de ces mots détestables qui ont plus de valeur que de sens ; (…) mots très bons pour la controverse, la dialectique, l’éloquence » VALERY, Fluctuations sur la liberté  « Et par le pouvoir d’un mot / Je recommence ma vie / Je suis né pour te connaître / Pour te nommer / Liberté » ELUARD, Poésie et vérité « Nous sommes seuls, sans excuses. C’est ce que j’exprimerai en disant que l’homme est condamné à être libre » SARTRE,  L’existentialisme est un humanisme 

« La liberté, « ce nom terrible écrit sur le char des orages » (Philotée O’Neddy), est au principe de toutes les révolutions. Sans elle, la justice paraît aux rebelles inimaginable. Un temps vient, pourtant, où la justice exige la suspension de la liberté. La terreur (…) vient alors couronner la révolution » CAMUS, L’homme révolté 

« … celui qui est libéré n’est jamais celui que l’on croit : l’enfant, l’esclave, la femme, le colonisé. C’est toujours l’autre qui se libère de lui, qui s’en débarrasse (…). D’où la préoccupation dramatique des enfants de faire en sorte que les parents ne veuillent pas cesser d’être des parents » BAUDRILLARD, Le Paroxyste indifférent  « L’homme n’aime pas la liberté, tout le reste est mensonge, il ne sait rien faire de la liberté » BERNHARD, La cave « Il ne peut y avoir de liberté hors de l’activité » DEBORD, La société du spectacle 
 

Sujets approchés 

La liberté peut-elle être un fardeau ? 

Peut-on avoir peur de la liberté ? 

Y a-t-il un vertige de la liberté ? 

En quoi peut-il être commode d’invoquer une détermination ? 

La liberté est-elle possible sans le courage ?  Approche commune : Ces sujets mettent en exergue le poids de la liberté, la difficulté d’exercer et d’assumer ses choix. La liberté est-elle pour nous une malédiction ou une chance ? Obéir me dégage-t-il de toute responsabilité ? 

Nier la liberté est-ce retirer toute signification à la morale ? 

L’hypothèse de l’inconscient contredit-elle l’exigence morale ? 

Puis-je ne pas savoir ce que je fais ?  Approche commune : Sous prétexte que ma liberté serait limitée ou inexistante, ne suis-je plus pour autant responsable de ce qui émane de moi ? Adopter le déterminisme, est-ce faire preuve de lucidité ou se déresponsabiliser à bon compte ? 

Est-il contradictoire d’affirmer qu’il faut contraindre pour libérer ? 

Être libre consiste-t-il à se suffire à soi-même ? 

Obéir est-ce renoncer à être libre ? 

L’ordre s’oppose-t-il à la liberté ? 

L’originalité exclut-elle toute influence ?  Approche commune : Ces sujets interrogent notre relation à la contrainte : s’agit-il, pour être libre, de refuser la contrainte ou au contraire d’apprendre à la maîtriser ?  Quel rôle joue mon corps dans l’expression de ma liberté ? Sommes-nous toujours libres dans nos décisions ? 

Peut-on être plus ou moins libre ? 

L’affirmation de ma liberté peut-elle se concilier avec le principe du déterminisme naturel ? 

Approche commune : L’évidence du déterminisme naturel laisse-t-elle une place à la liberté ? Sommes-nous libres ou déterminés ? A-t-on besoin d’apprendre à être libre ? La spontanéité est-elle systématiquement synonyme de liberté ? Si nous désirons être libres, qu’est-ce qui nous empêche de l’être ? Le savoir garantit-il la liberté ? L’homme est-il libre ou doit-il s’efforcer de le devenir ? 

Approche commune : La liberté est-elle un droit absolu ou immédiat, ou quelque chose qui se gagne et se mérite dans le temps ? La liberté est-elle donnée ou à construire ? 

Sujet esquissé : Être libre, est-ce faire ce que l’on veut ? 

Introduction 

Il paraît évident que faire ce que l’on veut, c’est être libre. Si je ne fais pas ce que je veux, c’est qu’on m’en empêche, et donc que quelque chose ou quelqu’un m’empêche d’être libre. Ici, c’est la définition même de la liberté qui est en cause ; la question posée part d’une définition, la plus courante (« faire ce que l’on veut »), et la met en cause, en ménageant la possibilité qu’elle soit insuffisante. Cette définition courante fait de la liberté l’absence d’obstacles à la réalisation de ma volonté, bref l’absence de contraintes. Or il existe évidemment toutes sortes de contraintes : des limites physiques, des prescriptions légales ou morales, etc. Toute la question est donc de savoir si la liberté est bien l’absence de contraintes, ou si au contraire il se peut que la liberté se nourrisse des contraintes ; ou, en d’autres termes, si la liberté est quelque chose qui est donnée d’avance et qui ne supporte aucune entrave, ou si au contraire la liberté est quelque chose qui se mérite et qui se construit. 

Lignes directrices 

1. Être libre, c’est faire ce que l’on veut. La volonté comme faculté subjective. Être libre, c’est décider, par un acte de volonté qui s’incarne dans un choix. Si je n’ai plus le choix entre plusieurs possibilités, ce n’est plus une liberté mais une résignation ou une indifférence qui s’exprime, c’est-à-dire de bas degrés de liberté. La liberté de choix, c’est ce qu’on appelle le « « libre arbitre » (cf. cours A 1). Mais : ne faut-il pas soumettre la volonté à la raison, seule capable d’émettre des impératifs acceptables par tous ? 

2. Être libre, c’est consentir librement à quelque chose de nécessaire. Cette seconde thèse reconnaît l’existence d’un certain nombre de nécessités et de limites : je ne fais pas toujours ce que je veux parce que je suis naturellement ou physiquement limité : c’est la liberté négative (cf. cours C 2).  Mais il faut essayer d’instaurer entre les deux termes (liberté et contrainte) une relation plus dynamique et plus riche. 

3. La liberté se conquiert en surmontant les contraintes, non en les refusant. Il n’y a plus de liberté s’il n’y a pas de contraintes. La liberté ne s’oppose aux contraintes que dans la mesure où les contraintes justement la servent. La liberté de l’artiste ne consiste pas à refuser les contraintes techniques, mais à les accepter pour mieux les tourner à son avantage (cf. cours C 2) Le grand dessinateur n’est pas celui qui refuse les règles du dessin, mais celui qui les maîtrise à un point tel qu’il en fait ce qu’il veut. 

Méthodologie

ORGANISATION du TRAVAIL Méthodologie dans METHODOLOGIE doc Méthodologie

En cours ou à propos de votre travail personnel, il est très souhaitable que vous interveniez à la première difficulté. 

APPRENTISSAGE ou REVISION des COURS : données moyennes constatées (à adapter au rythme de chacun) 

- travail quotidien (suivi régulier = 30’ par jour de cours) * révision du cours de la journée (15′ à 30′) et lectures des textes selon le chapitre étudié (10′ à 30′) 

- travail hebdomadaire en toutes séries (suivi régulier = une heure / semaine) * vocabulaire conceptuel (au moins 30′) ; lectures selon la liste ci-dessous (30′ à 60′) 

* éventuellement, préparation d’exposé en TL - travail mensuel en fonction des devoirs (une heure au minimum) 

* révision de chapitres (au moins 30’) ; travail sur les concepts (au moins 30’) 

RYTHME & NOMBRE de DEVOIRS : - interrogations sur le travail conceptuel et problématique : 

* interrogations orales ou écrites sur textes ou concepts si nécessaire (chacun doit être à jour) * oral d’entraînement au bac sur textes et questions (selon les résultats au bac blanc) 

- dissertations et commentaires (une dizaine par an au total en TL, entre six et dix dans les autres séries) * devoirs plans en temps réduit (éventuellement, 1 à 2 par an) 

* devoirs sur table (4h, 3 par an) & devoirs groupés ou bac blanc (4h, 3 par an) NB : Quelques devoirs seront faits à
la maison. Certains d’entre eux seront facultatifs :
les notes de ces devoirs facultatifs ne compteront dans la moyenne que s’ils vous avantagent. 


 

NOTIONS au PROGRAMME (Séries L, ES, S & STG) 

Champs problématiques et notions pour les quatre séries et lectures obligatoires en Terminale L dans « Lire les philosophes« Chomienne / Ed. Hachette – Education (2004) : 

1er Trimestre 

La politique et la morale La Liberté (L, ES, S, STG)                                                               L’Existence et le Temps (L) 

La Justice & le Droit (L, ES, S)                      ROUSSEAU : Du Contrat social I & II (chapitres I à VII) La Justice et la Loi (STG) 

Le Bonheur (STG) 

Le sujet La Conscience (L, ES, S)                                  DESCARTES : Discours de
la méthode I, II, III & IV 

L’Inconscient (L, ES, S)                                   (FREUD : Cinq leçons sur la psychanalyse – Ed. Payot) 

La raison et le réel La Vérité (L, ES, S)                                                           PLATON : République Livre VI & VII 

La Démonstration (L, ES, S)                                           Théorie & Expérience (L) 

2ème Trimestre La culture 

La Culture (STG) L’Art (L, ES, S)                                                                  MERLEAU-PONTY : Sens et non-sens, extraits 

Travail & Technique (L, ES, S)                       BACHELARD : Le rationalisme appliqué extraits L’Art et la Technique (STG) 

Le Désir (L, ES, S)                                                            PLATON : le Banquet, extraits Autrui (L, ES)                                                                    SARTRE : L’existentialisme est un humanisme, texte intégral 

Les Echanges (Langage – STG) Le Devoir (L, ES, S)                                                          (KANT : Fondation de la Métaphysique des Mœurs, extraits) 

Le Bonheur (L, ES, S)                                                       La Perception (L) Le Langage (L, ES) 

3ème Trimestre 

La Vérité (STG) L’Interprétation (L, ES)                                    SPINOZA : Ethique, appendice au Livre I 

La Religion (L, ES, S)                                                      EPICURE : Lettre à Ménécée La Raison et la Croyance (Religion – STG) 

L’Histoire (L, ES) La Société (L, ES, S)                                                         ARENDT : L’origine du totalitarisme, extraits 

L’Expérience (Perception – STG) L’Etat (L, ES)                                                                      MACHIAVEL : Le Prince, XV, XVI, XVII, XVIII & XXV 

Le
Vivant (L, S)
                                                 KANT : Critique de
la Raison Pure Seconde préface
 

La Matière et l’Esprit (L, ES, S)                      

Repères (voir lexique) : 

Absolu / Relatif – Abstrait / Concret – En acte / En puissance – Analyse / Synthèse – Cause / Fin
Contingent / Nécessaire / Possible
– Croire / Savoir – Essentiel / Accidentel – Expliquer / Comprendre
En fait / En droit – Formel / Matériel – Genre / Espèce / Individu – Idéal / Réel
Identité /Egalité / Différence –Intuitif / Discursif – Légal / légitime – Médiat / Immédiat
Objectif / SubjectifObligation / Contrainte – Origine / Fondement –
Persuader / Convaincre
Principe / Conséquence –
Ressemblance / Analogie – En théorie / En pratique – Transcendant / Immanent
Universel / Général / Particulier / Singulier 

METHODOLOGIE du DEVOIR 


 SUR QUOI SEREZ-VOUS JUGE(E) ? 

Devoir de Philo = argumentation critique et progressive sur un problème précis. Trois « piliers » constituent un devoir de Philo qui sont aussi les trois axes de référence du correcteur.
(Ces indications sont aussi valables pour la rédaction d’une note de recherche universitaire
ou d’un rapport d’activité dans une entreprise) 

- une bonne conceptualisation qui se caractérise par la clarté et la pertinence des idées mises en oeuvre. Unifiez rationnellement vos idées sous des concepts appropriés (concept = idée générale et abstraite). N’hésitez pas à faire référence (avec précision) à des théories connues et citez les auteurs dont vous maîtrisez les idées. ·         Cette première capacité suppose le développement de votre sens critique

- une problématisation correcte : votre plan sera dominé par la rigueur et une progression nette. Un effort de construction se manifestera par le caractère dynamique de votre travail (enchaînement efficace des idées). Amenez le lecteur à comprendre (et peut-être même à partager) vos objectifs. C’est dans un bon plan que résidera toute la force de votre argumentation. 

·         Pour cela, vous devrez faire preuve de cohérence logique

- un écrit digne de ce nom. Votre argumentation devra être à la hauteur de votre plan et de vos idées (soyez toujours intelligible, rédigez de bonnes transitions…). Attention à la forme du devoir : faites preuve de correction orthographique, syntaxique et … soyez lisible ! 

·         L’aptitude demandée suppose donc un certain travail sur la langue française

Lors d’un devoir ou au bac, n’oubliez jamais que le correcteur ne dispose que de votre copie pour vous juger ! Alors, comment acquérir ces trois aptitudes ? 

- La clé de voûte, c’est la réflexion personnelle organisée (à partir de documents vus, lus ou entendus, par l’attention aux cours et la relecture des notes prises en classe). 

- La lecture de textes philosophiques (reportez-vous à votre recueil de textes) mais aussi d’articles d’actualité, vous donnera l’esprit d’analyse et de synthèse. - Quant à la rigueur, vous la développerez en faisant des efforts d’organisation méthodique de votre plan et d’amélioration constante de l’écrit

COMMENT REUSSIR un DEVOIR de PHILOSOPHIE ? Comment procéder afin de vous donner les meilleures chances à l’écrit ? 

·                     Identifier les chapitres et les notions en question : dans le libellé du sujet ceci apparaît clairement au moins pour l’un des termes. Ainsi : « L’homme injuste peut-il être heureux » renvoie certainement au chapitre sur le bonheur mais aussi sur le devoir, autrui et sur la liberté voire, après réflexion, sur la justice et le désir. 

·                     Définir : les mots-clés que vous identifiez dans le libellé du sujet. C’est un travail préparatoire à faire au brouillon, puis à reproduire avec plus de subtilité dès le début du devoir, par exemple, sous forme de reformulation. Par exemple : « Pourrions-nous imaginer un être immoral qui soit serein et épanoui ? » 

·                     Argumenter : cela signifie bien entendu que chaque idée devra être développée clairement. Aucun de vos arguments, si bien choisi soit-il, ne saurait être injustifié : c’est l’exigence de clarté et de rationalité qui nous y contraint. Le pire serait de trouver dans un devoir de philo des arguments d’autorité (« il faut »… « on doit »), sans développement, ni explication, car ce serait le comble de l’illégitimité intellectuelle. Cette idée pourra être illustrée par un (des) exemple(s) court(s), mais ce n’est pas une obligation. Finalement, un argument est d’autant plus fort qu’il est accompagné et appuyé par la thèse d’un auteur ou par une citation


 ·                     Construire les développements du devoir pourra se faire à partir d’une séquence alternée d’arguments du type : 

o        Premier argument (ou succession d’arguments) plutôt idéaliste ou théorique ; o        Second argument (ou succession d’arguments) plutôt matérialiste ou pragmatique ; 

o        Troisième argument (ou succession d’arguments) plutôt réaliste et quotidienC’est votre analyse des enjeux de la question posée qui donnera d’abord tout son sens à votre argumentation ; de l’autre, vous donnerez d’autant plus de force à vos propos qu’ils seront actualisés ! 

(NB : Il est tout à fait possible, et parfois souhaitable, que les deux premiers arguments soient inversés.) 

·                     Introduire et conclure avec soin et précision apportera à votre devoir encore plus d’efficacité

o        En effet, l’introduction constitue le préambule de votre réflexion : plus elle sera construite et précise, plus le lecteur sera curieux de vous lire. o        Finalement, la qualité de la conclusion sera également essentielle parce que ce sera la touche finale que lira le correcteur avant de vous évaluer. En conclusion, il ne s’agira pas de résumer ce que vous venez d’écrire mais d’y apporter un terme, une réponse à la question initialement posée. 

Il est essentiel de rédiger préalablement ces deux parties-clés du devoir au brouillon, afin qu’ils soient particulièrement bien formulés. 

Quoi qu’il en soit, n’oubliez jamais qu’au départ, vous avez choisi de traiter une question, celle-ci devra faire émerger un problème (un paradoxe ou une difficulté afférente à la question) et, finalement, c’est vous qui amènerez le lecteur vers la problématique que vous avez choisie et qui traitera nécessairement des enjeux de la question posée. Ces enjeux constituent la trame cachée de la question et, de ce faut, justifient que cette question se pose. Ces enjeux sont donc des problèmes liés à la question en amont, c’est-à-dire à la source et à la nature réelle de la question posée ; et en aval, aux conséquences qu’aura telle prise de position quant à la question posée. 

OBJECTIFS, ETAPES LOGIQUES et CONTENU d’un DEVOIR de PHILOSOPHIE ? 

« Une question est philosophique parce qu’elle s’adresse à tous les hommes, remet en cause les idées toutes faites, les opinions et les réponses faciles. Elle implique des débats où chacun doit chercher des arguments rationnels et cohérents entre eux. Une question philosophique porte sur tous les aspects de l’existence humaine et interroge l’essence de leur réalité et leur sens. 

La dissertation comme problème : il n’y a de problème que pour une pensée qui le produit … il est ce qui est « jeté devant soi », il fait jaillir une difficulté. Il est la conscience d’une alternative, oppose l’esprit à lui-même … 

Le texte comme exposé d’un problème : un auteur pose un problème dans son texte ; il s’agit de l’extraire, de le comprendre pour le traiter et montrer comment l’auteur le traite. Un texte est une dissertation. » 

Catherine PAULIN 
 

  DISSERTATION Répondre à une question précise en la problématisant 

EXPLICATION de TEXTE Organiser un débat conceptuel en restituant la
problématique de l’auteur 

INTRODUCTION Reformulation de la
question posée en la transformant en
problème selon la
signification que vous
voulez lui donner 

·   que vous vous engagerez à analyser dans sa dimension il s’agit de montrer les contradictions suscitées par la question posée, telles qu’elles se présentent dans notre jugement (présupposé) ; ·   avec vos propres concepts, vous reformulerez la question et la transformerez en un problème d’envergure philosophique. 

·   il s’agit, tout d’abord de faire apparaître la réflexion et l’argumentation résumées de l’auteur face au problème qu’il se pose ; ·   - vous devrez également resituer succinctement la question posée dans sa complexité et sa subtilité philosophique (vous préciserez éventuellement la place de cet argument dans l’œuvre et la réflexion globale de l’auteur  et dans le débat d’ensemble). 

CONCLUSION Réponse à la question posée en introduction 

·   vous répondrez précisément à la question formulée en introduction ; ·   vous clôturerez le débat, même si votre réponse demeure prudente voire problématique. 

·   Il s’agira de réagir à la question problématisée par l‘auteur ainsi qu’aux caractéristiques de sa réflexion ; ·   Vous pouvez « ouvrir le sujet » vers des débats apparentés et suscités par le texte. 

… mais, soyons plus précis : 

CONTENU du DEVOIR SUJET 

Les sujets de philo traitent toujours d’un problème complexe : avez-vous saisi le sens caché de la question posée (ENJEUX) ? - Puisque vous avez choisi tel sujet : il s’agira de montrer que vous le traitez avec l’importance que le problème mérite. 

- Ne supposez pas le sujet connu du correcteur même s’il l’est, car chacun peut attribuer un sens différent à la question posée. Au contraire, c’est vous qui en déterminerez les contours et en ferez une « affaire personnelle ». INTRODUCTION 

Celle-ci devra d’abord bien révéler le point de départ de votre réflexion. Une grande question (ou plusieurs courtes se rapportant strictement au sujet) devra y être posée : c’est la reformulation du sujet choisi qui vous guidera tout au long du devoir. Vous avez intérêt à procéder à partir d’une opinion habituelle ou d’un exemple tiré de la vie quotidienne pour « planter le décor ». Mais, montrez aussitôt la difficulté posée par le problème soulevé : son ambiguïté, son paradoxe éventuel et ses enjeux. Si vous faites cela, les définitions seront établies et le débat commencera d’emblée. PLAN (DISSERTATION) 

Les différentes parties du travail doivent effectivement se distinguer autant par la forme (lignes passées) que par le contenu. Chaque raisonnement s’organise à partir des concepts et est illustré par des exemples. Les commentaires d’auteurs sont plus que bienvenus. La première partie évoquera l’aspect le plus évident de la question. 

La seconde (antithèse) s’y opposera avec des arguments progressifs et adéquats. Apportez un soin tout particulier à la troisième qui révèlera votre savoir-faire philosophique : capacité à faire « décoller » le sujet vers des horizons différents et une réflexion plus dense (le sujet pourra alors être traité sur le plan ontologique, esthétique, éthique ou métaphysique. Essayez en tous cas de sortir des sentiers battus. 

PLAN (COMMENTAIRE) deux manières de procéder : -          Méthode la plus « scolaire » : le développement est fait en deux parties qui doivent effectivement se distinguer autant par la forme (lignes passées) que par le contenu. La première partie (« étude ordonnée ») consiste à analyser le texte. Il ne s’agit surtout pas de paraphraser mais de reconstituer avec vos termes la trame conceptuelle du texte selon sa progression logique (pas forcément dans l’ordre linéaire du texte). La seconde partie (« intérêt philosophique ») reprendra les principaux concepts et débattra de l’intérêt qu’ils présentent dans la continuité discursive du texte. 

-          Méthode « dialectique » : L’étude ne sera pas forcément linéaire mais respectera les ruptures conceptuelles que vous avez identifiées dans le texte. L’essentiel est de repérer avec précision et pertinence les principaux éléments de l’argumentation, de les définir, d’en débattreDans les deux cas, vous tâcherez de mener un débat entre différentes thèses d’auteurs tout en analysant le texte dans son intégralité. Comme pour la dissertation, cette partie révèlera votre savoir-faire philosophique. Particulièrement votre capacité à analyser très précisément le texte et l’argumentation de l’auteur, à en rendre compte, à en justifier la progression. 

CONCLUSION Elle devra comporter une réponse synthétique et personnelle à la question annoncée dès l’introduction et qui a été traitée dans l’ensemble du travail. Ces quelques lignes ne reprennent pas les développements antérieurs détaillés mais elles exposent les éléments ultimes auxquels vous parvenez grâce aux démonstrations. 

COMMENT S’ORGANISER lors d’un DEVOIR de QUATRE HEURES ? 

ANALYSE – Phase Préparatoire (Prévoir une demi-heure au plus) : En fonction des chapitres du programme, vous réfléchirez d’abord au sens des concepts utilisés en procédant à une analyse préalable des termes contenus dans le libellé du sujet. 

Durant l’année scolaire, les cours suivis en classe et vos lectures vous apporteront de plus en plus d’éléments conceptuels pour procéder à cette analyse et l’enrichir. COORDINATION Conceptuelle & Constitution du PLAN (Prévoir une heure au plus) : 

Il s’agit de raisonner en mettant les concepts définis en relation entre eux. Dans le devoir rédigé, le correcteur sera particulièrement attentif à cette phase du travail. Vous rédigerez ensuite un plan succinct afin d’avoir constamment sous les yeux la progression à suivre. 

REDACTION  et Mise au Propre (Prévoir deux heures et demie au moins) : Il faudra d’abord rédiger soigneusement, au brouillon, l’introduction et
la conclusion. A ce stade de la préparation, il est important que vous sachiez assez précisément quelle solution apporter. Ensuite, vous rédigerez directement au propre en fonction du plan prévu

N’oubliez jamais de vous relire (corrigez l’orthographe et l’expression). 
 

CORRIGES RESUMES de DEVOIRS 

(Les arguments et concepts proposés ne sont ni nécessaires, ni suffisants, mais ils constituent des indications de solutions possibles. Dans un devoir détaillé, ils devraient être accompagnés d’exemples précis et d’argumentations complètes) 

« Penser est-ce se risquer ? » 

INTRODUCTION (ne pas écrire « introduction », « mise en situation », « présupposé », « limite… » ou « problématique », ne pas souligner les concepts qui serviront dans les développements ultérieurs) 

     mise en situation (le cadre dans lequel on situe le présupposé)

Si ni les historiens ni Platon, son disciple, ne se trompent : il y a vingt-quatre siècles, un Grec peu ordinaire a mis en oeuvre une démarche pédagogique humble mais originale. Il y a perdu sa propre vie mais gagné le Parnasse des martyrs de
la pensée. Socrate aurait, en effet, été condamné à mort pour avoir osé critiquer les croyances de la cité et aidé les jeunes Athéniens à réfléchir librement. 

     présupposé (la réponse que sous-entend immédiatement le sujet, avant tout examen critique et qui constituera la trame de la première partie du débat) A première vue, n’est-ce pas cela réellement se mettre en danger : risquer sa peau, s’engager, quitte à se dévoiler et à se rendre vulnérable ? Alors, on peut se demander comment s’opposer politiquement à un tyran ? Comment s’opposer intellectuellement, religieusement ou moralement à la force d’une pensée adverse dominante ? Est-ce nécessairement dangereux ? Comment affirmer ses idées voire son génie lorsque l’opposition est bien réelle ? Et pour quoi le faire ? N’est-ce pas le plus souvent pour la défense d’idées, de valeurs différentes que l’on entame une telle démarche ? N’est-ce pas pour instaurer une pensée autre, un discours autre ? 

     limite du présupposé (ambiguïté(s) ou paradoxe(s) du sujet qui présente un aspect contradictoire à l’examen plus approfondi et  qui constituera la trame de la seconde partie du débat)

Mais, qui est volontaire pour aller aussi loin dans l’épreuve ? En avons-nous même l’intention ? Ne faut-il pas nous avouer qu’il ne semble plus guère y avoir de danger réel à notre époque et sous nos latitudes en pleine liberté d’expression démocratique, religieuse et morale ? Ou alors celui-ci ne serait-il pas insignifiant comparé à ce que nos ancêtres ont connu ou à ce que certains contemporains éprouvent ailleurs? Alors, si la prise de risque est bien le lourd tribut à payer pour oser aller au combat : comment appréhender aujourd’hui pareille bataille qui n’a, semble-t-il, plus de réelle raison d’être ? Contre quoi une pensée nouvelle se bat-elle de nos jours ? Une quelconque nouveauté de la pensée est-elle d’ailleurs possible ou d’actualité ? 

            problématique (on questionne le sujet afin d’en dégager toutes les dimensions exploitables, les enjeux, sans démontrer ni répondre : c’est ce qui constituera la trame de la troisième partie du débat)

Ainsi, d’une part, ne peut-on se demander, avant même qu’une pensée ou qu’un acte ne s’extériorise, s’il ne faut pas examiner un danger élémentaire : celui qui réside dans le fait d’oser penser différemment ou d’oser critiquer et de choisir des options inattendues. En effet, si je m’insurge simplement contre un préjugé, une croyance ou une conviction établis : par exemple, contre le sens habituel, banal attribué au sujet de dissertation que je traite ici ; n’est-ce pas risquer de ne plus être conforme à ce que les autres attendent de moi ? Le prix fort à payer, ne résiderait-il pas dans l’anticipation que je peux faire de la reconnaissance des autres ? D’autre part, ne peut-on également s’inquiéter de ce que je doive, seul, affronter avec courage mes contradictions intérieures : celles qui constituent ma propre personnalité. Ne risquerai-je pas de remettre en cause l’intégrité de ma propre identité

Finalement, et au-delà de cela, si la prise de parole responsable, le comportement autonome ou l’action politique originale constituent aujourd’hui, semble-t-il, un danger très limité, voire inexistant, n’est-ce pas précisément parce que le cadre, par exemple politique, a changé. La démocratie d’aujourd’hui, mais aussi la société moderne,  ne serait-elle pas devenue un modèle de banalisation et de neutralisation de tout débat ? Bref, peut-on penser sans se risquer ? 

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DEVELOPPEMENT (NB : ne pas indiquer les parties ni les transitions, mais séparer seulement les paragraphes)

     première partie (argumentation autour de la réponse que sous-entend immédiatement le sujet) Qu’est-ce que réellement, concrètement se mettre en danger ? Socrate l’a fait, bien sûr, mais aussi les anonymes ou obscurs opposants aux dictatures politiques. Sûrs de leur fait, certains ne faisaient que s’opposer ainsi, parfois avec une certaine inconscience, aux autorités obtuses de leur pays. D’autres, comme Descartes prirent des risques beaucoup plus calculés en ne publiant leurs oeuvres qu’à grands renforts de protections et de subtiles modérations. Quel enjeu cela recouvrait-il ? N’y a-t-il pas, derrière autant d’audace une certitude profonde ? Celle de vouloir faire partager par ses semblables une découverte sans prix, un trésor jusque-là caché ? Lorsque nous sommes certains d’être dans le vrai, n’y a-t-il pas quelque allégresse oblative à l’idée de communiquer ce que nous souhaitons mettre à la disposition des autres ? Toutefois, le danger peut s’avérer bien réel. Faudra-t-il user de ruse, de non-violence, d’une plume vengeresse, de discours sibyllins, là où la vérité ne se laisse pas entendre aisément ? 

Mais, comment s’opposer aux « intégristes » de tous poils ? Comment être femme afghane face aux Talibans, être modéré face aux intégristes algériens ou aux fanatiques serbes ou kosovars ? Et puis il y a, entre autres, les Galilée, Spinoza, Camille Claudel, Husserl, Freud, Arendt, Gandhi, M.-L. King, Mandela ou Rushdie qui ont vu leur pensée accusée, leurs écrits brûlés, leur carrière interrompue. Elles et ils connurent la prison, l’exil, l’oubli, l’ignorance, la folie, la traque continuelle, voire même l’assassinat pur et simple. L’évolution de toute culture n’est-elle pas à ce prix ? Doit-on prêcher la valeur du martyre, de la guerre ou du conflit pour assurer à terme l’amélioration des modes de pensée de notre civilisation ? Y a-t-il un rôle civilisateur de la guerre, par exemple ? Mais toute guerre, tout conflit, tout martyre n’est-il pas l’œuvre de personnes qui se battent, peuvent y laisser individuellement leur peau et même demeurer ignorées dans un paradoxe aussi unique et mystérieux que celui, posthume, du soldat inconnu. 

Alors pourquoi risquer son existence pour des idées ? 

Car, symétriquement, les risques personnels ne sauraient être ignorés. Ainsi, Descartes, juste après la tourmente des procès Galilée, ne fait-il pas tout dans ses correspondances avec Mersenne, Hobbes et bien d’autres afin de dissiper les malentendus quant aux interprétations hérétiques de sa pensée si originale pour l’époque et si authentiquement importante et vraie pour l’histoire des idées ? Etablir la vérité : cela ne supposerait-il pas le conflit des idées ? Précisément, parce qu’à l’inverse, l’absence de mise en contradiction de la pensée serait synonyme d’absence de dynamique, de non – cheminement, c’est-à-dire de l’inexistence de moyens nouveaux de progression vers la vérité ? 

Transition (rupture dans l’argumentation) : Mais puisqu’il s’agit de l’approche de la vérité et que celle-ci est particulièrement fondamentale parce que dotée de multiples conséquences pour l’élaboration de la connaissance : pourquoi cette quête devrait-elle avoir un prix ? 

     seconde partie (argumentation autour de la limite du présupposé ou de sa faiblesse) Pour de très nombreux penseurs, la recherche de la vérité constituerait donc une épreuve. Comment admettre alors qu’il faille aller aussi loin dans cette épreuve ? Loin au point, éventuellement, d’être prêt à y faire le sacrifice de sa propre vie ? Comment peut-on en avoir même l’intention ? Et, à l’inverse, ne faut-il pas nous avouer qu’il ne semble plus guère y avoir ni danger réel ni danger intellectuel sous nos latitudes en pleine liberté d’expression démocratique, religieuse et morale ? Qu’après tout la sécurité de nos personnes est le plus souvent garantie ? Que sous son angle politique, l’affaire est entendue, au moins théoriquement, depuis le XVIIe siècle grâce au contrat social proposé par Hobbes pour nous assurer le droit à la sécurité de chaque citoyen face à ses congénères moyennant la perte d’une petite part de notre liberté : le droit d’agression ? En conséquence, la notion même de danger objectif, de personne à personne, ne serait-elle pas devenue presque désuète, voire insignifiante, en comparaison avec ce que nos ancêtres ont connu ou à ce que certains contemporains éprouvent ailleurs dans le monde ? Aujourd’hui, chez nous, le danger d’agression semble s’être déplacé, vers un ailleurs. Mais, aujourd’hui, le danger physique, celui qui mettrait en danger la liberté d’expression, ce danger-là semble nettement écarté. Nous avons le privilège d’être dans des conditions de paix indiscutables mais très chèrement gagnées, et, de ce fait, pour nous-mêmes, nous n’avons plus besoin de soldatesque assurant notre défense. 

Car c’est d’abord cela la prise de risque, c’est d’abord la solde que le militaire reçoit en échange de la mise en danger de sa propre existence. Dans ce cas-là, il y a bien alors un lourd tribut à payer pour oser aller au combat. Comment appréhender aujourd’hui pareille bataille qui n’a, semble-t-il, plus de réelle raison d’être ? En réalité, la crise économique, par exemple ou la crise de l’information – trop de moyens de diffusion libres mais incontrôlables -, font planer un tout autre danger sur notre civilisation : celui de mettre en difficulté tous et chacun par un autre biais que la tyrannie du prince d’autrefois. Ainsi, par exemple, il existerait des dangers symboliques liés aux bouleversements structurels que la crise économique fait courir à la filière de l’emploi, depuis les parcours d’études semés d’embûches imprévues, jusqu’aux licenciements économiques inopinés qui mettent brusquement et prématurément fin à une carrière brillante, en passant par les rachats impersonnels d’entreprises en perdition par des multinationales souvent sans scrupules. La dictature de la pensée unique menacerait, chez nous, bien davantage nos êtres spirituels ou notre dimension symbolique, que notre personne physique. Libres, oui nous le serions mais sous condition d’accepter les modes de communication et de consommation inculqués et qui nous ont endoctrinés dès l’enfance. Contre quoi, alors, une pensée nouvelle se battrait-elle de nos jours ? Sinon contre une incroyable propagande visant à déstabiliser chacun afin que certains désastres économiques profitent aux stratèges de quelque entreprise qui aurait opportunément le vent en poupe ? De ce fait, chacun doit sauver sa peau. Symboliquement, chacun serait alors bien en danger : nous serions tous devenus soldats concernés par le devenir d’une société qui attendrait de tous et de chacun qu’elle ou il se batte quotidiennement pour maintenir son emploi, pour préserver ses valeurs, pour éviter un endoctrinement pernicieux et puissant. 

Comment, dans ces conditions nouvelles que notre système démocratique aurait engendrées, une quelconque nouveauté de la pensée serait-elle possible ou d’actualité ? C’est ce qu’il nous faudra envisager, en prenant, comme toujours, le risque constant de nous tromper à tout instant. Penser autrement, n’est-ce pas impossible si tout le système inquiète par sa formidable capacité à subjuguer les esprits, à les mettre en situation de ne pas pouvoir efficacement réagir ? Preuve en est que si les gens désœuvrés, malgré eux, pour cause de crise économique s’unissaient face à cette crise, ils constitueraient la plus formidable puissance de réaction face au désenchantement politique. Or nous savons qu’il n’en est rien. Trop souvent, le RMIste ne se désole que d’une chose c’est de ne plus avoir les moyens de s’insérer dans le système pour consommer comme tous et chacun. Les médias s’acharnent à lui démontrer que la crise est mondiale et que sa désolation ne saurait être que de longue durée tout comme sa perte d’emploi. Et, trop souvent encore, il 

a honte. Il ne bénéficie d’aucune reconnaissance sociale n’étant pas productif et, souvent, d’une absence quasi-absolue de solidarité. Pas de compassion pour les exclus du système ! Alors, une pensée nouvelle ne devrait-elle pas être basée sur de tout autre rapport que notre société oublie depuis qu’elle ne s’occupe essentiellement que d’assurer la pérennité de sa puissance économique et, accessoirement, de légiférer symboliquement sur les relations humaines. Depuis que les relations interpersonnelles sont surtout réglées par le juridique, n’a-t-on pas perdu de ce fantastique élan de solidarité, de compassion, de cette formidable chaîne humaine qui exista, il y a longtemps chez nous en termes d’humanité. Ne peut-on œuvrer à la promotion de valeurs essentielles ? Pourquoi n’agirait-on pas comme si la fraternité dont il est question au fronton de nos mairies n’était plus un vain mot ? 

Transition  (rupture dans l’argumentation) : Mais, là, nous nous heurtons frontalement à un mur infiniment plus résistant que celui qui fut abattu à Berlin voici dix ans Cet obstacle extrêmement puissant est à l’intérieur de nous-mêmes. Kant ne disait-il pas, en substance, que l’homme est fait d’un bois si tordu qu’il est bien difficile de le faire marcher tout à fait droit ? Alors, ne nous faudrait-il pas questionner les degrés de profondeur parfois abyssale du danger de réfléchir et examiner la diversité de risques qui ne viendraient pas que de l’extérieur ? 

     troisième partie (argumentation autour du questionnement du sujet) Ainsi, d’une part, si je m’insurge simplement contre une pensée établie, de toute évidence, ne risquerai-je pas de déplaire, de ne plus être en conformité avec ce que les autres attendent de moi ? Le prix fort à payer, déjà dans ce travail, ne vient-il pas de ce que j’anticipe sur la reconnaissance des autres ou, pire leur non-reconnaissance ? Cette absence de reconnaissance ne me serait-elle pas réservée et précisément défavorable lorsque j’afficherai une indépendance d’esprit jugée non-conforme voire dangereuse ? A l’inverse, ne serait-elle pas seulement favorable lorsqu’elle contribue, comme toute pensée nouvelle, à l’évolution des connaissances et des techniques ? En effet, si je jouais individuellement le jeu et m’inscrivais nettement dans le processus de production, à l’instar de ce que Freud nomme la capacité de sublimation dont notre civilisation est tellement demandeuse, ne risquerai-je pas de vivre constamment dans un malaise ? Celui de ne travailler qu’à l’épuisement de ma personne, à la vider de toute sa substance créatrice, à l’exploiter de sorte que le seul bénéficiaire de l’opération ne soit pas moi, le sujet productif lui-même, mais la civilisation à laquelle je dévoue toute mon énergie ? Ainsi, le choix devant lequel je me trouve en matière de risque ne serait-il pas aporétique ? 

Sans issue car, par le seul fait que je m’autorise l’épreuve du désir de contredire ou de la passion critique en contradiction avec ma conscience et ma volonté, ne risquerai-je pas de remettre en cause l’intégrité de ma propre identité. Présentée ainsi, en effet, la difficulté à laquelle nous nous heurtons est emblématique de notre propre contradiction intérieure. Si je recherche une quelconque reconnaissance des autres dans leur regard, c’est vraisemblablement parce que je joue avec mon identité. C’est moi-même qui suis mis en cause, ultimement. Plus que tout je ne peux me constituer comme être à part entière que, précisément, parce que je me réserve ma place, cette place que j’ai chèrement gagnée en dépit de tout. Je prétends donc la défendre, quoi qu’autrui en pense, j’y tiens. Non par dérive paranoïaque – « seul contre tous » – mais plus simplement parce que j’estime mon système de pensée et d’action, bref, mes valeurs, défendables et cohérentes. Le siècle des Lumières nous a bien enseigné qu’il s’agissait d’avoir le courage de se servir de son propre entendement, quitte à être le vilain petit canard ou le bouc émissaire. N’a-t-on pas le droit légitime de croire en soi ? Même lorsque notre environnement ne l’entend pas de cette oreille au nom de la tristement fameuse pensée unique. 

Car, originellement agressive – Socrate n’a-t-il pas été condamné par une sorte de « tribunal populaire » ? – la démocratie d’aujourd’hui, mais aussi la société moderne,  ne serait-elle pas devenue finalement un modèle aseptisé, voire neutralisé, de débat ? Le lieu d’un redoutable aplanissement des valeurs  qui poserait précisément plus de questions que jamais, parce que le risque réel n’existerait plus ? Il n’y aurait plus que du risque fictif, comme dans une guerre où l’on filmerait ses propres frappes aériennes « chirurgicales » comprises par l’agresseur comme une sorte de simulation, une attaque fantôme ; comme dans un jeu de combat vidéo où l’habileté technique deviendrait primordiale ou encore comme dans une sorte de saut à l’élastique où nous serions complètement assurés de nous donner des sensations fortes moyennant un minimum de prise réelle de risque ? Cette impuissance à véritablement affronter les difficultés, à les édulcorer, n’est-elle pas affligeante parce que, précisément, elle relève davantage d’un simulacre d’existence que d’une réelle volonté de prendre en main son propre destin. Ainsi, ne serait-il pas infiniment plus dangereux pour l’intégrité de ma personnalité et, partant, de mes relations à autrui, de ne pas oser confronter ma pensée à celle d’autrui, de ne pas vouloir débattre, de ne plus questionner ma pensée plutôt que l’inverse ? Pour moi, la réponse est toute trouvée, comme le disait Tennyson :« Je ne voudrais pas me dire au soir de ma vie que je n’ai pas vécu ». 

*************** 

CONCLUSION (réponse à la question posée en introduction)

L’opposition qu’affronta Socrate dans une société qui voulut le faire disparaître et le condamna au suicide pour avoir osé penser autrement, cette opposition ne semble plus être d’actualité. Pourtant, aujourd’hui, si notre société ne condamne plus à la mort physique, et qu’elle ignore souvent les contradicteurs en les ré assimilant, ne doit-on pas se poser la question de savoir s’il n’est pas infiniment plus risqué de ne pas penser, de ne pas critiquer les valeurs implicites d’une société ? Valeurs que nous avons le devoir, légitime et moral, de dénoncer et, que, grâce aux sacrifices de nos ancêtres nous sommes désormais en droit, par la loi, de désapprouver. De ce fait, l’actualité de la démarche socratique deviendrait aveuglante. Mourir pour ses idées serait impensable au sens physique du terme mais le courage d’user de notre propre jugement n’aurait jamais été aussi urgent, au plan symbolique. Alors, soyons donc plus audacieux que jamais en osant le geste de Socrate : penser autrement quitte à être désapprouvés. Dans quel domaine ? Sur quel plan ? Notre civilisation nous donne parfois le sentiment de se comporter comme une véritable thanatocratie. En effet, sous la forme des moyens militaires que le progrès technique a lui-même créés, et au-delà de ces seuls progrès scientifiques ou techniques qui, permirent depuis le premier conflit mondial surtout, la destruction massive de millions d’humains et qui en tue chaque jour des milliers d’autres sans distinction de sexe, d’âge, d’ethnie, de religion et de valeur ; la solidarité et la fraternité humaine combatives ne seraient-elles pas le plus vrai et le plus beau progrès moral moderne ? Ce progrès n’a-t-il pas encore et toujours plus de prix et surtout d’actualité ? Effectivement, penser c’est se risquer surtout symboliquement ; mais, encore une fois, n’est-ce pas ce que je viens de faire ici ? 

PROPOSITION de CORRIGE de COMMENTAIRE de TEXTE de Henri BERGSON (1859-1941) extrait de « L’Evolution créatrice », p.5 « De la durée en général » – 1907 / P.U.F. 1969 

Dégagez l’intérêt philosophique du texte suivant en procédant à son étude ordonnée : 

« En réalité, le passé se conserve de lui-même, automatiquement. Tout entier, sans doute, il nous suit à tout instant : ce que nous avons senti, pensé, voulu depuis notre première enfance est là, penché sur le présent qui va s’y joindre, pressant contre la porte de la conscience qui voudrait le laisser dehors. Le mécanisme cérébral est précisément fait pour en refouler la presque totalité dans l’inconscient et pour n’introduire dans la conscience que ce qui est de nature à éclairer la situation présente, à aider l’action qui se prépare, à donner enfin un travail utile. Tout au plus des souvenirs de luxe arrivent-ils, par la porte entrebâillée, à passer en contrebande. Ceux-là, messagers de l’inconscient, nous avertissent de ce que nous traînons derrière nous sans le savoir. Mais, lors même que nous n’en aurions pas l’idée distincte, nous sentirions vaguement que notre passé nous reste présent. Que sommes-nous, en effet, qu’est-ce que notre caractère, sinon la condensation de l’histoire que nous avons vécue depuis notre naissance ? » 

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INTRODUCTION (ne pas écrire « introduction », « pourquoi … », « quoi … », « comment … », débat … », ou « alternative … »)      pourquoi : quelle question l’auteur formule-t-il ? (celle que sous-entend immédiatement le texte de l’auteur)

Lorsque je me souviens d’un fait : d’où cela vient-il, pourquoi me souviendrais-je de ceci plutôt que de cela, comment mon psychisme fonctionne-t-il à cet égard ? Quelle importance le passé revêt-il par rapport au moment présent ? 

     quoi : synthétiquement, que répond l’auteur à cette question ? (la réponse défendue par l’auteur, avant tout examen critique et qui constituera la trame de la partie d’exposition du débat) Auteur pragmatique et moderne, Bergson nous propose une réponse à ces questions dans un passage de son oeuvre consacré au mécanisme de rappel du passé. D’après lui, il semblerait que le passé se conserve automatiquement et intégralement et qu’il constitue une sorte de réservoir de souvenirs disponibles. Le moment venu, les souvenirs les plus utiles, ceux qui sont nécessaires viendraient se greffer sur la réflexion ou l’action présente afin « d’éclairer la situation » (l.5). 

     comment : structurellement, de quelle manière l’auteur organise-t-il sa réponse ? (rigueur et cohérence de la réponse que l’auteur aborde)

A la façon d’une mémoire électronique, l’inconscient bergsonien conserverait donc, ma vie durant, les données de toute mon existence et l’oubli serait une fonction nécessaire simplement pour pouvoir se consacrer plus efficacement à la tâche présente sans qu’elle soit gênée par un excès d’informations inutiles. 

     débat : quelles objections pourrait-on opposer à l’auteur ? (mise en difficulté de la thèse de l’auteur : ambiguïtés ou paradoxes du texte qui présente des aspects contradictoires, on définit ainsi la limite de la réponse de l’auteur, sa faiblesse en questionnant cette réponse, c’est ce qui enrichira la partie critique du débat afin de dégager toutes les dimensions exploitables, les enjeux, sans démontrer ni répondre pour l’instant) Or, présentée telle quelle, la thèse de Bergson laisserait dans l’ombre certaines difficultés qu’il s’agirait de résoudre. En effet, nous savons bien qu’il y a des disfonctionnements de la mémoire et que certains souvenirs sont très difficiles, voire impossibles à rappeler, alors que d’autres se présentent à l’esprit de façon tout à fait inappropriée. Il serait donc intéressant de comprendre ce qui opère le tri, exactement : s’agit-il d’un mécanisme conscient et volontaire ? Par ailleurs, nous savons également par expérience personnelle, que postuler l’existence d’un domaine inconscient inaccessible à ma conscience constitue un danger. On pourrait alors supposer qu’il peut y avoir capitulation de la volonté, du contrôle de soi. Autrement dit : qui ou quoi pilote le navire de ma personnalité ? 

     alternative : comment l’auteur répondrait-il aux objections que l’on pourrait lui faire ? (limites de la mise en difficulté de la thèse de l’auteur : sa ou ses réponse(s) possible(s), cela constituera la trame de la partie critique du débat)

Or Bergson semble bien signifier que notre personnalité entière serait l’œuvre de notre mémoire inconsciente : une condensation de notre histoire vécue depuis l’enfance. *************** 

DEVELOPPEMENT (NB : ne pas indiquer les parties, ni les transitions qui la constituent, mais séparer seulement les paragraphes) 

     première partie : ambiguïté des concepts centraux du texte  (saisir l’entrecroisement de concepts horizontalement ou linéairement dans la continuité du texte d’une part ; et, d’autre part, verticalement, ou comment ils s’organisent en degrés de profondeur) Trois grands regroupements conceptuels retiendront tout particulièrement notre attention. 

Tout d’abord, deux d’entre eux traitent du même aspect du problème. Nous notons, en effet, que, d’après Bergson, l’organisation de notre mémoire et, partant, de notre personnalité tiendrait à un mécanisme cérébral (l.4). L’auteur met ici en avant l’aspect machinique du système mental humain : on y trouve des automatismes (l.1) liés à la conservation des souvenirs (l.1). Il y a aussi une porte (l.3) derrière laquelle le passé, constitué de nos souvenirs, exerce des pressions (l.3). A l’instar d’une gigantesque machinerie, notre mémoire produit un travail utile (l.6), fonctionne correctement : tout y est bien huilé. C’est ici d’un vocabulaire de la mécanique qu’il s’agit comme s’il ne manquait plus que des plans inclinés, des rouages ou des palans pour compléter cette description très laborantine de notre système psychique. On ne s’arrête d’ailleurs pas là puisqu’il y a également dans cet ensemble peu banal des sortes de neurotransmetteurs à moins qu’il ne s’agisse d’Hermès modernes : les messagers de l’inconscient (l.8). Pour couronner le tout, nous observons même une référence au vocabulaire de la chimie – vocabulaire également affectionné par Freud à propos des rêves -, ainsi, Bergson parle-t-il de condensation (L.10). Quel peut bien être l’intérêt de ces références ? On peut, en effet, tout supposer sauf qu’elles sont anodines ou involontaires, bien sûr ! Il y a donc tout lieu de croire que notre auteur souhaite par-là souligner l’aspect technique, scientifique voire systématique de son approche de
la mémoire. Il suggère ainsi qu’il y a un ordonnancement de la mémoire, une rigueur dans son fonctionnement, une cohérence de son organisation. Organisation naturelle ? Spontanée ?  Très vraisemblablement : cela semble fonctionner comme une vis sans fin qui produirait des stratifications géologiques, puisque le passé nous suit à tout instant (l.2) – et on pourra, légitimement se demander par la suite quelle énergie meut toute cette machinerie -. Ainsi, le cumul automatique des souvenirs se fera-t-il au rythme même du déroulement incontrôlable du temps. Ainsi, le présent n’aura qu’une issue, s’y joindre de lui-même (l.3), inexorablement. 

Un second regroupement consisterait à associer l’absence d’idée distincte que nous avons du passé (l.9) avec cette affaire de contrebande de souvenirs de luxe (l.7). En effet, il semble évident d’après ceci que la belle machinerie décrite par notre auteur se trahisse singulièrement lorsqu’elle cherche à masquer sa production ou plutôt ses gigantesques stocks de souvenirs enfermés derrière sa porte. Quelle que soit la prétention de ce système à « vouloir » rester clos, il n’y parvient pas toujours : la porte s’entrebâille (l.7), le système de refoulement (l.4) a des ratés ! Les douaniers de l’inconscient bergsonien semblent impuissants à contenir les richesses incommensurables de
la mémoire. Ce serait l’inverse de l’immigration économique : c’est par excès de richesse et non de misère que la porte du coffre à souvenirs craque sous le poids de ce que nous traînons derrière nous sans le savoir (l.8). A quoi bon cette image dont le vocabulaire a, là encore, des connotations freudiennes prononcées : Bergson ne parle-t-il pas de refoulement (l.4) ? En fait, il s’agit ici de décrire un système qui, passif dans sa partie inconsciente, n’en est pas moins totalement dynamique pour ce qui concerne la production consciente. En effet, Bergson nous explique bien qu’il s’agit d’aider une action qui se prépare (l.6), de donner enfin un travail utile (l.5), bref surtout d’éclairer ce qui était dans l’ombre (l.5-6). Autrement dit, cette dimension utilitaire du retour à la conscience de nos souvenirs les plus opportuns est aussi génératrice de ce qui est nécessaire à toute action humaine, à toute production consciente : une indispensable luminosité. Les ténèbres dans lesquels sont séquestrés nos souvenirs inconscients font place opportunément au flamboiement vainqueur, aux rayons régénérateurs et bienfaisants de l’action solarisée. Pas de vie sans soleil, pas d’acte humain vivant sans retour à la lumière des souvenirs débarrassés temporairement de leur éclipse coutumière. 
Finalement,  beaucoup plus classique parce que moins allégorique ou allusif, un autre genre lexical, peut être associé à notre dernier élément. Bergson nous parle de caractère (l.10) selon la modalité d’un cumul. Cumul de souvenirs, cela va sans dire. L’auteur défend ici l’idée que nous sommes en permanence en phase directe avec notre propre histoire (l.11), celle qui m’a construit depuis ma plus tendre enfance. Ici, le propos devient nettement psychologique. On sait à quoi on a affaire : notre passé est conservé  parce que nous avons additionné des expériences, celles de tout ce que nous avons senti, pensé, voulu depuis notre première enfance (l.2) et résurge telle une nappe souterraine qui sourdrait de façon utile et opportune. Rien n’échappe à la formidable capacité d’emmagasiner qu’est celle de notre mémoire. Notre passé nous reste présent (l.9-10), encore une fois, inexorablement. Echappe-t-on d’ailleurs à son passé ? Certes pas. Telle paraît être la réponse de Bergson. Ainsi, totalement original, chacun d’entre nous, grâce à son identité incomparable à celle de n’importe quel autre être humain est également totalement tributaire de cet héritage qui pourrait parfois lui sembler insupportable. Là encore, on ne peut s’empêcher de penser à Freud et à la théorie des stades de constitution de
la personnalité. L’analogie est flagrante, bien qu’elle ne résiste pas à une analyse plus approfondie. Nous sommes bien devant un texte de Bergson, pas de Freud. En quoi ? Ce sera l’objet d’un élément de notre débat. 

     seconde partie : on débat du premier regroupement conceptuel central du texte (mise en difficulté de la thèse de l’auteur : on relève une première ambiguïté ou un paradoxe du texte, définissant ainsi une limite de la réponse de l’auteur et sa faiblesse ; c’est le début de la partie critique du débat qui permet de dégager les dimensions exploitables et leurs enjeux)

Déjà dans l’Antiquité, la psychologie humaine s’inquiétait de savoir ce qu’était le souvenir. Ainsi, Platon nous propose-t-il une version allégorique et mythique du rappel des souvenirs : c’est la théorie de
la réminiscence. Le cheminement dialectique du prisonnier sorti de la caverne (« La République » Livre VII – 512) ou de l’amoureux (« Le Banquet – 211) consistera à retrouver progressivement ces Idées enfouies au fond de lui, ces Idées contemplées dans une existence antérieure. On a bien compris grâce à ce texte de Bergson qu’il n’est pas question ici de se référer à une vie antérieure. Pas davantage question de convoquer une interprétation mythique qui justifierait quoi que ce soit. Bergson se réfère à un système rationaliste d’explication : il s’agit d’expliquer même des phénomènes aussi complexes ou incongrus que peuvent l’être ceux de la mémoire, par des données objectives constatables. Mais, alors que Platon explique clairement le mécanisme dialectique c’est-à-dire pédagogique qui permet d’effectuer la remontée vers les Idées pures communes à toute l’humanité ; Bergson explique mécaniquement mais difficilement ce qui opère le tri des souvenirs selon les besoins du moment, si ce n’est par la référence à l’inconscient (l.5). Or, par définition, ce mécanisme, qui peut d’ailleurs parfois dysfonctionner, est parfaitement mystérieux puisqu’il est impossible d’y avoir accès. Alors, comment ce mécanisme cérébral inconscient sélectionnerait-il ce qui est le plus approprié aux nécessités du moment ? Comment le gardien de cette porte de l’inconscient décide-t-il de n’introduire dans la conscience que ce qui est de nature à éclairer la situation présente (l.5-6) ? Sur quels critères se base-t-il ? Comment opère-t-il sa sélection de souvenirs ? Tout au plus pourrons-nous supposer qu’il s’agit d’un mécanisme physiologique comme le laisse à entendre l’usage de cérébral (l.4), terme du vocabulaire biologique ou médical. Toutefois ceci laisse entier le problème du libre-arbitre du moi bergsonien : qui décide ultimement dans le caractère ? ma volonté ? ma conscience ? 

     troisième partie : on débat du second regroupement conceptuel central du texte (mise en difficulté de la thèse de l’auteur : on relève ainsi une seconde ambiguïté ou un paradoxe du texte, c’est la suite de la partie critique du débat) Dès que l’on postule l’hypothèse d’un inconscient, la vigilance philosophique est de rigueur. En effet, soit il s’agit d’une référence à un lieu mystérieux et inaccessible, sorte de caverne d’Ali Baba de tous les trésors psychiques cachés ; soit il s’agit d’un alibi utile mais inavouable lorsque l’on recherche une justification à un comportement délictueux voire criminel. Le mot a mauvaise presse. On oscille volontiers entre parapsychologie et ratiocination embrouillée. 

Il s’agirait donc de rappeler très clairement de quoi nous parlons. L’un des plus grands savants de ce siècle, le Dr Sigmund Freud a défendu toute sa vie la thèse de l’existence d’un système inconscient expliquant le fonctionnement de l’ensemble du psychisme humain. Or, bien davantage qu’une élucubration de quelque PR Tournesol, la rigueur scientifique des conceptions freudiennes ne saurait laisser indifférent tout esprit curieux. Reprenons ses conclusions. L’inconscient freudien est d’abord très actif. C’est un lieu de conflits entre des pulsions libidinales dynamiques issues du Ca qui sont mises en contradiction par deux mécanismes inconscients : le principe de censure du Surmoi et le principe de réalité du Moi. L’ensemble du principe de plaisir qui gouverne le Ca se réfère à l’instinct sexuel, c’est-à-dire une intention hédoniste. Freud fut suffisamment critiqué pour cela, sa vie durant et encore aujourd’hui. Par ailleurs, le refoulement existe bien dans la théorie freudienne. Mais il s’agit ici d’un système d’interdits acquis agissant par l’entremise des résistances du Surmoi et produisant par réaction le renvoi des pulsions inacceptables au plus profond du Ca acquis, sous la forme de complexes enfouis. Nous voyons bien ici que nous sommes très éloignés de la théorie bergsonienne des souvenirs « refoulés », c’est-à-dire contenus passivement depuis l’enfance, qui relèvent davantage d’une rétention que d’une pré structuration. Mais, revenons à Freud. L’inconscient freudien produit bien ses propres pulsions. Il est donc absolument hermétique aux seules exigences de
la conscience. Ici, l’accès à l’inconscient ne saurait être dû à un effet de la volonté du sujet, car il existe une formidable force de résistance qui maintient les représentations inconscientes hors d’accès du champ de la conscience, sauf dans des cas très particuliers (le rêve, les maladresses etc.) qui sont davantage des « actes manqués » ou, si l’on veut, des « trahisons incontrôlées » que des « passages en contrebande » (l.7). L’inconscient freudien est donc bien structuré de l’intérieur et je n’ai aucun accès à cette organisation occulte, car les désirs qui en proviennent sont déguisés et revêtent des formes qui les font davantage ressembler à des devinettes. Ces problèmes complexes seraient dotés d’un sens latent qu’il s’agirait de décoder plutôt que d’être simplement les indicateurs manifestes et directement intelligibles de la situation en cours, comme chez Bergson. 

Alors ne nous laissons pas abuser par le vocabulaire très « freudien » de Bergson. Nous pouvons supposer que ces terminologies étaient dans l’air du temps au début du siècle et que c’est pure coïncidence si certains termes - première enfance, refoulement, inconscient, condensation, histoire personnelle – nous induisent en erreur, nous faisant croire à une quelconque gémellité ou à un clonage entre nos deux auteurs. 

     quatrième partie : on débat du troisième concept central du texte (mise en difficulté de la thèse de l’auteur : on relève une troisième ambiguïté ou un paradoxe du texte, c’est la fin de la partie critique du débat) Chez Bergson, l’inconscient est donc bien une sorte de « chambre d’enregistrement » du passé. De tous les faits de mon passé qui constituent le déroulement même, le contenu intime de ma vie. On imagine aisément que cette chambre est totalement vide au début de la vie, le nouveau-né ou même le fœtus n’ayant guère de souvenirs. Par la suite, la porte de l’inconscient, entrouverte, laissera filer en permanence de nombreux souvenirs : certains opportuns, d’autres pas. Opportuns si le présent l’exigeait (afin de produire un « travail utile » l.6), mais également si l’attention à l’action présente ne l’exigeait pas (« les souvenirs de luxe » l.7). Ces derniers souvenirs passés en contrebande sont là comme par excès d’information. Comme si le système bergsonien fonctionnait en roue libre, avec une sorte de pilotage automatique qui le maintiendrait passivement productif quoi qu’il advienne, mais sans disposer pour autant d’un mode autonome de fonctionnement. 

Seulement, il resterait à comprendre qui ira délibérément chercher le souvenir dans l’inconscient ; ou ce qui laissera échapper ces souvenirs. En effet, s’ils étaient puisés délibérément, on comprendrait que la conscience soit active ; s’il s’agissait d’une fuite inopinée, alors c’est l’inconscient qui en déciderait, lui-même. Mais dans un cas comme dans l’autre l’inconscient comme réservoir d’informations existe bien selon Bergson. Dans le premier cas, il est la boîte de Pandore de nos souvenirs secrets ; dans l’autre, il s’agit d’un organe qui détient une sorte d’autonomie décisionnelle. Ceci ne simplifie pas notre enquête puisque notre auteur parle d’un inconscient qui ne doit ses caractéristiques qu’à la focalisation de la conscience se concentrant immédiatement sur les seuls souvenirs valables en termes d’efficacité et in-formant le moment présent, sans préciser davantage son mode de fonctionnement. Ce propos sème donc le trouble car, qui accepterait l’idée que son « caractère » (l.10) soit conditionné par un « automatisme » (l.1) inconscient, quand bien même l’auteur de cette mainmise en serait notre propre passé sur lequel j’ai eu prise originellement et en temps utile ? 

*************** CONCLUSION (réponse à la question posée en introduction)

L’argumentation de Bergson, nous l’avons vu, soulève un nombre important de difficultés. A la suite de notre enquête, il semble que nous puissions affirmer que l’inconscient dont il est question ici a bien le pouvoir passif de laisser échapper nos souvenirs, trésors personnels et butin rapporté du passé original qui est le nôtre. D’aucune façon nous ne pourrions imaginer la possibilité d’être actifs et présents à notre activité du moment sans pouvoir disposer de cet outil extraordinaire : notre mémoire qui nous façonne, nous structure, nous donne les moyens de ne pas sombrer dans les erreurs du passé. Toutefois, il nous faut rester constamment sur nos gardes : l’invasion d’un passé inconscient ne pourrait-il pas être le plus extraordinaire frein à l’activité présente s’il devenait envahissant. Notre bonheur ne serait-il pas à ce prix ? Nietzsche fera, quant à lui l’apologie des individus sans mémoire « L’oubli… est un pouvoir actif, une faculté d’enrayer… nul bonheur, nulle jouissance de l’instant présent ne pourraient exister sans faculté d’oubli… » (Généalogie de la Morale / Idées p.75), mais c’est un autre problème. 


LECTURES 

LECTURES RECOMMANDEES (un à deux ouvrages en début d’année) 

« Le Procès » Franz KAFKA / Ed. Livre de Poche « Huis Clos » Jean-Paul SARTRE / Ed. Folio Gallimard 

« Introduction à la Philosophie » (pp.5-14) Karl JASPERS / Ed. 10/18 – Plon 

LECTURES FONDAMENTALES à faire en cours d’année (une vingtaine d’extraits au minimum en L) sur 57 auteurs au programme et prioritairement parmi les auteurs fondamentaux dont les noms figurent en gras Antiquité & Moyen Age (15 auteurs) :: 

« L’Apologie de Socrate«  (pp.33-62) PLATON (428-348) / Ed. Nathan Intégrales de Philo « Le Banquet«  (pp.58-62, 71-77, 80-82) PLATON / Ed. Nathan Intégrales de Philo 

« La République«  – Livre VII (pp.50-81) PLATON / Ed. Nathan Intégrales de Philo « Ethique à Nicomaque«  (Livres I & X) ARISTOTE (384-322) / Ed. Garnier Flammarion 

« La Politique«  (pp.36-62) ARISTOTE / Ed. Nathan Intégrales de Philo « Lettre à Ménécée » (pp.76-80) EPICURE (341-270) / Ed. Nathan Intégrales de Philo 

« De la Nature«  (pp. 20-21, 53, 58-60, 97-111) LUCRECE (98-55) / Ed. Garnier Flammarion « Le Manuel«  (pp. 207-233) EPICTETE (50-120) / Ed. Garnier Flammarion 

autres auteurs au programme : CICERON (106-43), SENEQUE (4-65), MARC-AURELE (121-180) , SEXTUS-EMPIRICUS (100 ?-250 ?), PLOTIN (205-270), St AUGUSTIN (354-430), Ibn Ruchd dit AVERROES (1126-1196), , St ANSELME (1033-1109), St THOMAS d’AQUIN (1225-1274), OCKHAM (1285-1349) Période moderne (18 auteurs) : 

« Le Prince » (pp.63-82) Nicolas MACHIAVEL (1469-1527) / Ed. Univers des Lettres – Bordas « Les Essais » (Livre 1er, XX) : pp.31-38, 100-105, 114-130) de MONTAIGNE (1533-1592) / Ed. Bordas 

« Discours de la Méthode«  (pp.34-83) René DESCARTES (1596-1650) / Ed. Nathan Intégrales de Philo « Méditations Métaphysiques«  (pp.37-68) René DESCARTES / Ed. Nathan Intégrales de Philo 

« Ethique«  (Sec Partie pp.123-125, 4ème Partie p.223 sqq.) Baruch SPINOZA (1632-1672) / Ed. GF « Esprit des Lois » (Livre III) Charles Louis de Secondat de MONTESQUIEU (1689-1755) / Ed. GF 

« Discours sur … l’Inégalité …«  (pp.30-38, p.46, pp.53-54, p.73) J.-J. ROUSSEAU (1712-1778) / Nathan « Contrat Social«  (Livre I : pp.171-191, Livre II : pp.192-193, 203-206) ROUSSEAU / Ed. Points-Seuil 

« Fondements de la Métaphysique des Mœurs«  (pp.18-89) Emmanuel KANT (1724-1804) / Nathan « Réponse à la question : qu’est-ce que les Lumières ? » (pp.67-75) KANT / Ed. Nathan – Intégrales Philo 

autres auteurs au programme : BACON (1561-1626), HOBBES (1588-1679), PASCAL (1623-1662), LOCKE (1632-1704), MALEBRANCHE (1638-1715), LEIBNIZ (1646-1716), VICO (1668-1744), BERKELEY (1685-1753), HUME (1711-1776), DIDEROT (1713-1784), CONDILLAC (1714-1796) Période contemporaine (24 auteurs) : 

« Phénoménologie de l’Esprit«  (p.5, p.65 sqq., p.81 sqq.) HEGEL (1770-1831) / Ed. Aubier – Montaigne « La Raison dans l’Histoire«  (pp.46-77) Georg Wilhelm Friedrich HEGEL / Ed. Hatier Profil Philo 

« Discours sur l’Esprit Positif » (Loi des Trois Etats : pp.2-29) Auguste COMTE (1798-1857) / Ed. Vrin « Manifeste du Parti Communiste » (pp.34-64) Karl MARX (1818-1883) / Ed. Nathan Intégrales de Philo 

« Crépuscule des Idoles » (pp.54-95) Friedrich NIETZSCHE (1844-1900) / Ed. Hatier – Profil Philo « Cinq Leçons sur la Psychanalyse » (pp.7-65) Sigmund FREUD (1856-1939) / Ed. Payot 

« La crise de l’humanité européenne et la philosophie«  (pp. 50-78) Edmund HUSSERL (1859-1938) / Ed. Hatier Profil Philo. « Deux Sources de la Morale … » (p.1 sqq., p.57, p.105 sqq., p.223) BERGSON (1859-1941) / Ed. P.U.F. 

« L’Existentialisme est un Humanisme » (pp.21-109) Jean-Paul SARTRE (1905-1980) / Ed. Folio Essais « Eloge de la Philosophie » Maurice MERLEAU-PONTY (1908-1961) / Ed. Idées – NRF Gallimard 

autres auteurs au programme : SCHOPENHAUER (1788-1860), TOCQUEVILLE (1805-1859), COURNOT (1801-1877), MILL (1806-1873), KIERKEGAARD (1813-1855), DURKHEIM (1858-1917), ALAIN (1868-1951), RUSSELL (1872-1970), BACHELARD (1884-1962), HEIDEGGER (1889-1976), WITTGENSTEIN (1889-1951), POPPER (1902-1994), ARENDT (1906-1975), LEVINAS (1905-1995), FOUCAULT (1926-1984) MANUELS RECOMMANDES 

« Lire les philosophes« Chomienne / Ed. Hachette – Education ( 2004) « La philosophie au bac« Leguil / Ed. Bordas (2008) 

« Atlas de la philosophie« Kunzmann – Burkard / Ed. LDP / Pochothèque (1993) « La Pratique de la Philosophie de A à Z » – Clément … / Ed. Hatier 

« Dictionnaire de Philosophie » – Durozoi – Roussel / Ed. Nathan  « Les bonnes Copies du Bac » / Ed. Hatier De nombreux sites internet existent et certains (celui de Hansen-Love ou Wikipedia par exemple sont généralement de très bonne qualité) Je vous souhaite de trouver du plaisir dans la lecture et l’écriture … ou, mieux, … d’apprendre à les aimer ! 

ORAL de PHILOSOPHIE et SUJET-TEXTE 

PREALABLES à l’ÉPREUVE 

-                                  Le choix de l’œuvre (pour l’épreuve d’entraînement) ou des deux œuvres en série L (pour l’épreuve du second groupe du baccalauréat) sera libre ; -                                  Ce choix se fera dans la liste des soixante auteurs au programme à certaines restrictions près : en série L et ES, il est plutôt maladroit de présenter des textes trop courts (par exemple la « Lettre à Ménécée » d’ÉPICURE). 

-                                  En série L, on peut donc suggérer de privilégier les œuvres de ces auteurs : PLATON, ARISTOTE, EPICURE, LUCRECE, EPICTETE, MARC-AURELE / MACHIAVEL, HOBBES, DESCARTES, SPINOZA, ROUSSEAU, KANT / HEGEL, NIETZSCHE, HUSSERL, BERGSON, BACHELARD, SARTRE, MERLEAU-PONTY (voir pages 2-3). Durant l’ÉPREUVE 

Après vingt minutes de préparation sur un extrait choisi par l’examinateur dans la liste établie selon vos choix, la soutenance durera également vingt minutes environ. Idéalement, il s’agirait de pouvoir soutenir la durée de l’épreuve sans être interrompu par l’examinateur. - Présenter succinctement l’auteur et l’œuvre ainsi que la situation de l’extrait dans l’ensemble de l’œuvre, en quelques phrases ; 

- Lire l’extrait choisi ; - Décrire la structure (le mouvement) de l’extrait en le découpant en deux ou trois parties ou davantage selon les arguments de la problématique que vous souhaitez développer ensuite, en quelques phrases également ; 

(Si vous vous sentez moyennement à l’aise par rapport à l’extrait, procédez de la façon suivante) -          Analyser le texte (linéairement, si vous le préférez), en détaillant les moments de rupture du texte (oppositions), les mots-clés (occurrences et répétitions) ainsi que les idées les plus saillantes. Il s’agira, bien entendu, d’éviter
la paraphrase. Toutefois, citer quelques termes ou arguments spécifiques de l’auteur serait de bon aloi. N’hésitez jamais à définir, préciser, spécifier ou reformuler de quoi parle l’auteur ; 

-          Soulever l’intérêt philosophique de l’extrait en le rapportant aux idées soulignées précédemment. C’est évidemment soit le débat interne au texte qui retiendra toute votre attention, soit le débat qui a pu susciter cette prise de position. Insistez tout particulièrement sur la problématique de l’extrait, c’est-à-dire les enjeux qu’il soulève ; (Si vous vous sentez très à l’aise par rapport à l’extrait, procédez de la façon suivante) 

-          Même procédé que celui qui précède. Toutefois, l’analyse de l’extrait se fera dans l’ordre qui vous convient tout en discernant au fur et à mesure les articulations problématiques ; -          Conclure en soulignant le problème posé par l’auteur de cet extrait et sa façon spécifique d’y répondre. On peut éventuellement « ouvrir » vers d’autres problèmes apparentés comme ce serait le cas dans une explication de texte à l’écrit. 

DIRECTIVES OFFICIELLES
concernant les auteurs, l’épreuve orale du second groupe et le sujet-texte
 

Rappels faits par l’Inspecteur Pédagogique Régional (I.P.R.) de Philosophie établi sur la base des textes et documents officiels (Circulaire 75-110 du 7 mars 1975, B.O. 11 du 20 mars 1975 ; Arrêté du 5 juillet 1983, B.O. 30 du 1er septembre 1983 ; Note de Service 87-242 du 11 août 1987 – B.O. 30 du 3 septembre 1987 ; Arrêté du 31 mai 2001 ; Arrêté du 23 mai 2003 http://www.eduscol.education.fr/index.php?./D0016/LLPJPR01.htm 

Préliminaires concernant l’épreuve orale du second groupe : « Pour que tous les candidats puissent passer cette épreuve dans les mêmes conditions, je crois bon de rappeler, dès le début de l’année scolaire, … quelles sont les règles à respecter … «  

… « Il s’agit bien « d’œuvres » et non de « morceaux choisis ». Par « oeuvre » il faut entendre une oeuvre étudiée dans sa totalité (dans cet ensemble « le professeur délimite alors les passages qui feront expressément l’objet d’une explication de texte »), ou seulement certaines parties de cette oeuvre : mais, dans ce dernier cas, ces parties « auront une certaine ampleur, formeront un tout et présenteront un caractère de continuité » … Il ne peut donc s’agir en aucun cas de bribes de textes, en grand nombre … » 


 Auteurs : 

- « Série L : « La liste des auteurs a une double fonction : d’une part, elle détermine l’ensemble d’où devront être tirés les textes proposés à l’écrit du baccalauréat ; elle indique, d’autre part, les auteurs dont les œuvres étudiées en classe, seront à l’oral objet d’interrogation. L’étude de ces œuvres, dont le choix est laissé à l’appréciation du professeur, peut-être conçue comme un approfondissement de telle ou telle partie du cours en rapport avec les notions et les questions figurant au programme. Les œuvres étudiées de façon suivie, pourront l’être soit en totalité soit par parties significatives pourvu que celles-ci aient une certaine ampleur, forment un tout et présentent un caractère de continuité. 

Deux œuvres au minimum seront étudiées en série L, choisies dans des périodes distinctes (la liste fait apparaître trois périodes : l’Antiquité et le Moyen Age, la période moderne et la période contemporaine). Platon; Aristote; Épicure; Lucrèce; Sénèque; Cicéron; Épictète; Marc-Aurèle; Sextus Empiricus; Plotin; Augustin; Averroès; Anselme; Thomas d’Aquin; Guillaume d’Ockham. 

Machiavel; Montaigne; Bacon; Hobbes; Descartes; Pascal; Spinoza; Locke; Malebranche;Leibniz; Vico; Berkeley; Condillac; Montesquieu; Hume; Rousseau; Diderot; Kant. Hegel; Schopenhauer; Tocqueville; Comte; Cournot; Mill; Kierkegaard; Marx; Nietzsche; Freud; Durkheim; Husserl; Bergson; Alain; Russell; Bachelard; Heidegger; Wittgenstein; Popper; Sartre; Arendt; Merleau-Ponty; Levinas; Foucault. (Liste modifiée en mai 2001 puis en mai 2003). 

- « Série ES : « La liste des auteurs a une double fonction : d’une part, elle détermine l’ensemble d’où devront être tirés les textes proposés à l’écrit du baccalauréat ; elle indique, d’autre part, les auteurs dont les œuvres étudiées en classe, seront à l’oral objet d’interrogation. L’étude de ces œuvres, dont le choix est laissé à l’appréciation du professeur, peut-être conçue comme un approfondissement de telle ou telle partie du cours en rapport avec les notions et les questions figurant au programme. Les œuvres étudiées de façon suivie, pourront l’être soit en totalité soit par parties significatives pourvu que celles-ci aient une certaine ampleur, forment un tout et présentent un caractère de continuité. 

Une œuvre au minimum sera étudiée en série ES ; si le professeur choisit de faire étudier plus d’une œuvre, elles seront choisies dans des périodes distinctes (la liste fait apparaître trois périodes : l’Antiquité et le Moyen Age, la période moderne et la période contemporaine). Platon; Aristote; Épicure; Lucrèce; Sénèque; Cicéron; Épictète; Marc-Aurèle; Sextus Empiricus; Plotin; Augustin; Averroès; Anselme; Thomas d’Aquin; Guillaume d’Ockham. 

Machiavel; Montaigne; Bacon; Hobbes; Descartes; Pascal; Spinoza; Locke; Malebranche;Leibniz; Vico; Berkeley; Condillac; Montesquieu; Hume; Rousseau; Diderot; Kant. Hegel; Schopenhauer; Tocqueville; Comte; Cournot; Mill; Kierkegaard; Marx; Nietzsche; Freud; Durkheim; Husserl; Bergson; Alain; Russell; Bachelard; Heidegger; Wittgenstein; Popper; Sartre; Arendt; Merleau-Ponty; Levinas; Foucault. (Liste modifiée en mai 2001 puis en mai 2003). 

- « Série S : « La liste des auteurs a une double fonction : d’une part, elle détermine l’ensemble d’où devront être tirés les textes proposés à l’écrit du baccalauréat ; elle indique, d’autre part, les auteurs dont les œuvres étudiées en classe, seront à l’oral objet d’interrogation. L’étude de ces œuvres, dont le choix est laissé à l’appréciation du professeur, peut-être conçue comme un approfondissement de telle ou telle partie du cours en rapport avec les notions et les questions figurant au programme. Les œuvres étudiées de façon suivie, pourront l’être soit en totalité soit par parties significatives pourvu que celles-ci aient une certaine ampleur, forment un tout et présentent un caractère de continuité. 

Une œuvre au minimum sera étudiée en série S ; si le professeur choisit de faire étudier plus d’une œuvre, elles seront choisies dans des périodes distinctes (la liste fait apparaître trois périodes : l’Antiquité et le Moyen Age, la période moderne et la période contemporaine). Platon; Aristote; Épicure; Lucrèce; Sénèque; Cicéron; Épictète; Marc-Aurèle; Sextus Empiricus; Plotin; Augustin; Averroès; Anselme; Thomas d’Aquin; Guillaume d’Ockham. 

Machiavel; Montaigne; Bacon; Hobbes; Descartes; Pascal; Spinoza; Locke; Malebranche;Leibniz; Vico; Berkeley; Condillac; Montesquieu; Hume; Rousseau; Diderot; Kant. Hegel; Schopenhauer; Tocqueville; Comte; Cournot; Mill; Kierkegaard; Marx; Nietzsche; Freud; Durkheim; Husserl; Bergson; Alain; Russell; Bachelard; Heidegger; Wittgenstein; Popper; Sartre; Arendt; Merleau-Ponty; Levinas; Foucault. (Liste modifiée en mai 2001 puis en mai 2003). 

« Série STG : Une oeuvre étudiée soit dans son ensemble, soit dans certaines de ses parties. » 
Déroulement de l’Epreuve Orale : 

« … L’épreuve porte obligatoirement sur l’une des oeuvres présentées, dont un fragment devra être expliqué. Toute notion du programme pourra éventuellement faire l’objet d’une interrogation distincte ou, si possible, en liaison avec l’étude de texte. 

Priorité est donc donnée sans ambiguïté par les textes officiels à l’interrogation sur une œuvreRecommandations pratiques : 

« Le professeur signe lisiblement la liste des oeuvres et des questions, avant qu’elle soit visée par le Chef d’Etablissement et annexée au livret scolaire. « Le candidat sera porteur d’un exemplaire de chacun des ouvrages figurant sur
la liste. Au cas où le candidat, en contravention avec les dispositions réglementaires, ne présente aucune liste … ne lie pas l’examinateur, il est recommandé à celui-ci de fournir au candidat deux ou trois oeuvres : le candidat choisit l’une d’entre elles, dont il lui est demandé d’expliquer un bref fragment. » 

Durée de l’Epreuve : « Dans toutes les séries, l’interrogation aura une durée suffisante pour permettre au candidat de montrer ses possibilités (soit vingt minutes en moyenne) ; il disposera de quinze minutes environ pour le préparer. » 

Objectif de l’Epreuve : « … l’interrogation devra essentiellement permettre au candidat de tirer parti de sa culture, de ses qualités de réflexion, des lectures qu’il a pu faire au cours de l’année. » 

Sujet Texte (Modifications apportées au B.O. 23 du 7 juin 2001) « Le troisième sujet de l’épreuve de philosophie des séries générales ES, L et S, est constitué par un texte accompagné de la consigne : « Dégager l’intérêt philosophique du texte suivant en procédant à son étude ordonnée. » 

De façon à rendre plus explicite le sens de l’épreuve pour les candidats, cette consigne sera formulée, à partir de la session de 2002, de la façon suivante :  » Expliquer le texte suivant : 

[Texte, auteur et titre] La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. » 

Il convient de veiller à ce que les élèves soient informés par leur professeur de cette nouvelle formulation, en leur expliquant bien qu’il ne s’agit pas d’un changement de la nature du troisième sujet, mais d’un éclaircissement sur la façon dont ils doivent comprendre ce troisième sujet. L’information devra être faite le plus tôt possible dans l’année pour que les élèves aient le temps de s’habituer à cette consigne. » 

doc dans METHODOLOGIE 

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